CRITIQUE - Le Messie : Alléluia !
Rafael Payare, Lucy Crowe (soprano), Luciana Mancini (mezzo-soprano), Levy Sekgapane (ténor) et Roderick Williams (Baryton), accompagnés de l'Orchestre symphonique de Montréal et du Chœur de l’OSM.
Les 10 et 11 décembre derniers, l’Orchestre symphonique de Montréal présentait son traditionnel Messie, dirigé pour la toute première fois par Rafael Payare. Quatre artistes lyriques de renommée mondiale ont été conviés pour l’événement, offrant un spectacle rempli de joie, où chacun a pu exprimer sa personnalité artistique.
Le bonheur était à son maximum dans la salle comble, tant remplie de fidèles amateurs et amatrices du Messie que de personnes le découvrant pour la première fois. On a pu apprendre, dans la « Capsule d’histoire » proposée par le programme, que l’OSM le présentait chaque année depuis 1937. Avant la construction de la Maison symphonique, il était joué à la Basilique Notre-Dame de Montréal, ce qui donnait à l’orchestre une ampleur sonore plutôt impressionnante. Mais pas besoin d’être dans une église pour jouer cette œuvre grandiose inspirée par la Bible. Les musiciens de l’OSM ont été fidèles au poste, et Rafael Payare, qui la dirigeait pour la première fois avec l’OSM, semblait plus qu’heureux d’être sur scène et, surtout, impressionné par les talents lyriques qui l’accompagnaient, car ils se sont tous révélés remarquables.
D’abord, le ténor Levy Sekgapane, dont nous avons fait le profil dans notre Bulletin de décembre 2025, a ouvert le bal avec l’air « Confort ye my people », où il a fait la démonstration d’un vibrato très naturel et doux, parfaitement adapté au style, et d’une précision rythmique infaillible, surtout dans les moments de bel canto. Sekgapane, qui a un rapport très personnel à l’œuvre, a su nous transmettre son amour pour celle-ci en un seul instant. Dès ses premiers airs, il était clair que sa voix était faite pour chanter Haendel. Lors de l’air « All they that see Him, laugh him to scorn », dans la deuxième partie, son ton grave et dramatique a aussi été remarquable.
La mezzo-soprano Luciana Mancini, quant à elle reconnue pour son expressivité et sa présence scénique, a su nous faire la démonstration des multiples facettes de sa voix, surtout dans son très dramatique « He was despised », où le côté théâtral de sa pratique du chant lyrique s’est profondément fait ressentir, notamment grâce à sa diction très définie, son aisance à prendre sa place sur scène et sa manière de créer un lien, voire un dialogue, avec le public. Son duo avec Sekgapane, dans la partie III (« O death, where is thy sting ») est aussi à souligner, car les interprètes ont su créer une osmose parfaite entre leurs deux voix.
Ensuite, le baryton britannique Roderick Williams, qui faisait office de basse dans le Messie, s’est notamment démarqué par la maturité de sa voix, qui s’est dévoilée vers la fin, dans ses deux airs successifs de la partie III (« Behold, I tell you a memory » et « The trumpet that shall sound and the deadshall be rais’d »). Cette maturité amenait une intensité toute particulière à sa manière de chanter, qui se faisait surtout sentir dans des moments de dialogue entre la voix et la trompette.
Finalement, la soprano britannique Lucy Crowe a été le clou du spectacle. Dès son premier air, « And lo, the angel of the lord came upon them », elle s’est démarquée par son timbre unique et sa capacité à atteindre des nuances variées. Lors de moments où elle ne faisait pas de vibrato, sa voix résonnait de manière presque envoûtante, tout en gardant une délicatesse contrôlée. Son amour de la musique transparaissait à travers son chant, mais aussi par sa manière de dialoguer avec les musiciens qui l’entouraient.
Pour ce qui est du chœur, la grandeur de sa palette de nuance, qui allait du plus piano au plus forte, a certainement impressionné, tout comme la souplesse des vibratos de ses membres et leur manière de s’égaliser les uns aux autres. L’orchestre, quant à lui, a assuré, surtout l’équipe de basso continuo, formée de Jean-Willy Kunz à l’orgue positif, de Brian Manker au violoncelle et de Mélisande McNabney au clavecin.
Une chose est sûre, c’est que cette production du Messie de Haendel a été plus que réussie et a réalisé son objectif de remplir de joie le cœur du public pendant le temps des Fêtes. Cette œuvre classique mérite certainement encore sa place dans les programmations de fin d’année !
Photographie : Antoine Saito
Le Messie : Alléluia!
- Production
- Orchestre symphonique de Montréal
- Représentation
- Maison symphonique de Montréal , 11 décembre 2025
- Chef de chœur
- Andrew Megill
- Direction musicale
- Rafael Payare
- Instrumentiste(s)
- Orchestre symphonique de Montréal, Chœur de l’OSM
- Interprète(s)
- Lucy Crowe (soprano), Luciana Mancini (mezzo-soprano), Levy Sekgapane (ténor), Roderick Williams (Baryton)

