Articles

JFK, L’OPÉRA : UN ACTE AUDACIEUX DE L’OPÉRA DE MONTRÉAL

JFK, L’OPÉRA : UN ACTE AUDACIEUX DE L’OPÉRA DE MONTRÉAL

PHOTO: Bannière de JFK de David T. Little présenté à l’Opéra de Montréal (janvier-février 2018)

L’Opéra de Montréal joue à nouveau d’audace. Après avoir commandé et créé en 2015 et 2016 les opéras Les Feluettes et Another Brick in the Wall, la compagnie montréalaise récidive en présentant pour une troisième année consécutive une oeuvre contemporaine. Il s’agit cette fois-ci d’une co-commande avec une maison lyrique américaine du Texas, le Forth Worth Opera, avec laquelle elle co-produit une oeuvre gravitant autour de la personne du président américain John Fitzgerald Kennedy, communément présenté par ses initiales JFK qui donnent à l’opéra son titre.

Il s’agit du deuxième opéra du compositeur américain David T. Little, dont la première oeuvre lyrique, Dog Days, avait reçu un accueil très favorable lors de sa première en 2012. Le livret a été conçu, comme celui de Dog Days, par l’écrivain canadien Royce Vavrek. Les créateurs présentent ainsi leur opéra :

"S’appuyant sur de véritables détails de la dernière nuit des Kennedy, l’opéra utilise des rêves pour créer un espace et un temps imaginaires, permettant au couple de revisiter ceux qui ont contribué à façonner leur vie personnelle et politique. John se rend sur la lune avec sa soeur Rosemary, où il s’entretient avec ses rivaux politiques, et revit sa parodie de la sage Jacqueline. Jackie chante un duo avec son moi futur, Jacqueline Onassis, qui l’habille dans son costume emblématique Chanel rose, l’assurant qu’elle a un rôle à jouer dans les démarches de la journée. Le temps est flexible dans ce drame ; le destin ne l’est pas.

JFK est un portrait d’un précipice. Les moments éphémères de l’espoir avant qu’une page cosmique ne se retourne, l’optimisme a vacillé, et l’Amérique a été forcée dans une ère nouvelle et incertaine. L’opéra est une représentation de l’homme sur lequel nous projetons nos espoirs, nos rêves et nos craintes. Il explore le sentiment de profonde perte que nous ressentons toujours. Il présente les luttes les plus intimes d’un humain fragile, destiné à une disparition prématurée, alors que le temps presse. Bien que l’opéra s’identifie aux émotions du président et de Mme Kennedy, c’est aussi notre histoire, nous rapprochant toujours plus de nos destins, et de ce dernier moment, réel ou imaginé."
Jacqueline et John Fitzgerald Kennedy, par Verner Reed (Verner Reed Collection, Historic New England)

Ce « grand opera » en deux actes a été créé le 23 avril 2016 à Forth Worth et a été fort bien accueilli par la critique. Ainsi a-t-on pu lire à son sujet que « le drame et les idées ont coulé de façon transparente, non seulement grâce à un livret magnifiquement structuré qui rassemble ces idées, mais aussi grâce à une partition dans laquelle un quasi-minimalisme fluide sert de fondement aux fréquents voyages dans le néo-romantisme radieux » (Wayne Lee Gay, « Hallucination, Assassination and Orchestration : JFK the Opera Comes to Forth Worth », Dallas Observer, 25 avril 2016, notre traduction).

La production de Montréal a fait appel aux mêmes chef, metteur en scène, concepteurs des décors et des costumes. Ainsi, le chef Stephen Osgood est au pupitre pour diriger l’Orchestre symphonique de Montréal et le Choeur de l’Opéra de Montréal. La mise en scène est à nouveau confiée à Thaddeus Strassberger, qui est également concepteur des décors. Les costumes sont de Mattie Ulrich et les éclairages de Chad R. Jung. S’agissant de la distribution, on retrouve principalement les interprètes qui ont créé l’opéra à Forth Worth l’année dernière, soit Matthew Worth (John F. Kennedy), Daniela Mack (Jackie Kennedy), Daniel Okulitch (Lyndon B. Johnson) et Katharine Goeldner (Jacqueline Onassis).

Le directeur artistique Michel Beaulac a fait appel au ténor canadien John McMaster pour incarner le personnage de Nikita Khrushchev, et eu la bonne idée de confier les rôles des cinq politiciens texans à des artistes lyriques du Québec, les membres de l’ensemble vocal Quartom, Benoît Le Blanc, Philippe Martel, Julien Patenaude et Gaétan Sauvageau, auxquels s’ajoute Alexandre Sylvestre (voir à ce sujet l’Entretien de Quartom dans le présent numéro, p. 13-16).

Pour découvrir cette nouvelle oeuvre, l’Opéra de Montréal et son directeur général Patrick Corrigan – dont L’Opéra – Revue québécoise d’art lyrique loue à nouveau l’initiative – donnent donc rendez-vous aux lyricomanes avec JFK à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 27 et 30 janvier ainsi que les 1er et 3 février 2018.


Partager: