Grand concert du Vendredi saint : Retour aux traditions
Après la présentation, l'année dernière, de L'Amour de Joseph et Marie, un oratorio du compositeur québécois Antoine Ouellette, le traditionnel concert du Vendredi saint à l'église Saint-Jean-Baptiste revenait à un classique de la musique sacrée, typique de la période pascale, à savoir le Requiem de Mozart. Et c'est devant une église pleine à craquer que les artistes ont livré leur interprétation de ce chef-d’œuvre.
Point de prétentions musicologiques ici, puisque c'est la version achevée par Franz Xaver Süssmayr, la plus couramment utilisée, qui a été choisie, d'autant plus que l'orchestre de la Société philharmonique de Montréal interprétait le tout sur des instruments contemporains. Un choix qui relève d'une tradition typique à ce type d'événement choral.
Il y avait néanmoins quelque chose d'électrique dans l'air. Le Chœur de l'UQÀM, jumelé avec les jeunes chanteurs du Chœur de l'École Joseph-François-Perrault, était en grande forme cette année, et on sentait que les forces juvéniles appelées en renfort ont galvanisé les choristes seniors. La masse sonore était puissante sans être écrasante, et la cohésion vocale se démarquait des saisons précédentes, particulièrement du côté des voix d'hommes.
Ainsi donc, les choristes ont interprété avec de grandes qualités et une profonde conviction l'ultime œuvre de Mozart. Il y avait bien quelques passages un peu plus fragiles (on sentait notamment que le Kyrie poussait les chanteurs à leurs limites, or il faut bien admettre que cette fugue recèle de nombreuses difficultés), mais en tout temps, l'émotion et l'implication nourrissaient la performance convaincante du chœur.
Le quatuor de solistes était distribué à des chanteurs d'expérience, avec là aussi de grandes et belles qualités, quoique l'hétérogénéité de l'ensemble étonnait quelque peu. La voie claire et agile d'Anna-Marie Beaudette se complétait bien avec le timbre feutré et profond de Stéphanie Pothier. Quant à Emmanuel Hasler, l'aspect plus héroïque de sa voix modulait une interprétation costaude, plus wagnérienne que mozartienne. Dominique Côté a quant à lui livré une performance tout en noblesse, avec une légère retenue émotive, semblant vouloir rendre ainsi justice à la partition avec simplicité et humilité.
À la direction, Pascal Côté menait ses troupes dans des tempi justes et équilibrés. Si sa vision de l’œuvre s'ancrait dans la tradition, elle démontrait néanmoins des détails intéressants dans les agencements instrumentaux (faisant la part belle aux vents de l'orchestre, notamment du côté des trombones).
On ne s'explique pas cependant le choix de scinder l’œuvre en deux en plaçant un entracte entre le Domine Jesu et l'Hostias. La durée de ce Requiem (environ 50 minutes) ne justifie pas une telle décision, d'autant plus que la courbe dramatique de l'ensemble en souffre énormément. Une prestation d'un seul tenant aurait été suffisante. Cela produit assurément un concert plus court, mais si on veut absolument prolonger la soirée, on peut opter pour une ou des œuvres (le choix ne manque pas) en première partie, sorte d'entrée en matière avant le plat principal.
Le public enthousiaste a applaudi avec un entrain débordant, et ce parfois entre les mouvements. Cette électricité dans l'air, on la sentait non seulement de la part des choristes, mais aussi chez les auditeurs qui venaient les écouter et les soutenir. C'est que ce concert traditionnel en est un populaire, réunissant chanteurs et public autour d'une musique portant à la réflexion et au recueillement, mais célébrant aussi l'accomplissement d'un travail majeur de la part du chœur. Il est magnifique de constater que ce mariage entre les choristes senior du Chœur de l'UQAM et les jeunes du Chœur de l'École Joseph-François-Perrault est porteur, non seulement dans le résultat musical mais aussi dans un parcours pédagogique inclusif et humain, dans une expérience enrichissante pour tous.
Le rappel aura été une belle surprise. Avec Song for Athene du compositeur britannique John Taverner, la soirée s'est conclue sur une ambiance en clair-obscur : les sonorités archaïques de cette œuvre évoquent quelque peu la musique religieuse orthodoxe. Néanmoins, les dernières notes nous ont laissés sur un lumineux espoir qui réchauffait nos cœurs.
Belle édition que ce concert annuel, véritable tradition dans le paysage musical montréalais. On attend la prochaine édition avec impatience.
Grand concert du Vendredi saint : Requiem de Mozart
Production ce la Société philharmonique de Montréal
- Production
- Représentation
- Église Saint-Jean-Baptiste , 3 avril 2026
- Direction musicale
- Pascal Côté
- Instrumentiste(s)
- Orchestre de la Société philharmonique de Montréal, Chœur de l'UQÀM et Chœur de l'École Joseph-François-Perrault
- Interprète(s)
- Anne-Marie Beaudette, Stéphanie Pothier, Emmanuel Hasler, Dominique Côté

