Un capiteux « Bouquet de femmes » à l'occasion du 8 mars
Donné lors de la Journée internationale des femmes, ce récital offre l’occasion exceptionnelle de découvrir des œuvres de compositrices des XIXe et XXe siècles. À la soprano Catherine St-Arnaud et au pianiste Julien LeBlanc se joint à plusieurs reprises la violoncelliste Julie Trudeau dans un programme au cours duquel chacun des artistes prend la parole à tour de rôle pour nous présenter un aperçu de la carrière de huit musiciennes ayant réussi à s’imposer grâce à leur farouche détermination et leur force de caractère dans un monde où sévissait trop souvent une misogynie à peine voilée ou parfois martelée avec insistance.
Le récital s’ouvre avec trois mélodies de Cécile Chaminade (1857-1944), dont la première, Portrait, permet d’apprécier la belle complicité musicale entre les trois interprètes, qui se coulent avec bonheur dans l’univers musical d’une des rares compositrices dont le nom a traversé les décennies. Soprano léger dotée d’un médium et d’un grave bien timbrés, Catherine St-Arnaud révèle d’emblée sa grande sensibilité qui se traduit notamment par de superbes contrastes et une ardeur communicative. Elle trouve en Julien LeBlanc un accompagnateur qui, toujours soucieux de la ligne vocale et des exigences du chant, sait créer d’envoûtantes atmosphères. Quant au jeu à la fois sensuel et passionné de Julie Trudeau, il ne contribue pas peu à notre plaisir.
Après les deux autres mélodies de Chaminade (Ma première lettre et L’Été), le programme comprend quatre extraits de La Cendre et le feu de la Canadienne Jeanne Landry (1922-2011), qui fut notamment professeure à l’Université Laval. Sur ses propres poèmes, elle composa une musique assez sombre, voire tourmentée, en particulier dans le tragique Fleuve de sang, dont Catherine St-Arnaud nous rappelle la désolante actualité en raison des guerres qui font rage dans plusieurs pays.
Changement de tonalité avec la touchante Chanson d’amour de l’Américaine Amy Beach (1867-1944), où le piano et la voix retrouvent le violoncelle. À mi-parcours du récital, le duo piano-violoncelle est à l’honneur dans Impressions de la Néerlandaise Henriëtte Bosmans (1895-1952), qui constitue à notre avis la découverte majeure de ce concert. Dans ces trois mouvements (Cortège, Nuit calme et En Espagne) totalisant à peu près un quart d’heure, on décèle une personnalité affirmée, un sens de la couleur et un don mélodique tout à fait remarquables.
Catherine St-Arnaud enchaîne avec trois mélodies de Claude Arrieu (1903-1990) sur des textes riches en sous-entendus coquins de Louise de Vilmorin. Si la diction de la soprano est limpide dans les registres graves et médium, le discours devient moins compréhensible lorsque la voix atteint la tessiture aiguë, réduisant l’impact de ces petites vignettes musicales. Accompagnée au piano et au violoncelle, Rêverie est une pièce charmante de Delphine Ugalde (1828-1910), importante cantatrice qui créa notamment Les Bavards (1863) d’Offenbach.
Rita Strohl (1865-1941), dont la compagnie de disques La Boîte à Pépites a publié trois albums ces dernières années, figure au programme avec cinq extraits des Chansons de Bilitis. Sans égaler la réussite suprême de Debussy, les pièces de Strohl possèdent un attrait indéniable qui justifie leur redécouverte.
Pour clore brillamment le récital et nous faire espérer l’arrivée prochaine du printemps, les trois musiciens nous proposent la célèbre Villanelle d’Eva Dell’Acqua (1856-1930), extraite de son opéra-comique Le Feu de paille (1888). Très à l’aise dans les passages virtuoses, Catherine St-Arnaud fait de surcroît entendre un trille extrêmement précis, mais on pourrait toutefois souhaiter un suraigu plus nourri. Nonobstant cette réserve, la soprano a fait preuve d’un goût très sûr dans ce répertoire qu’elle défend avec un enthousiasme contagieux.
Photographie : Espace culturel Cookshire-Eaton
Bouquet de femmes
- Production
- Chapelle historique du Bon-Pasteur
- Représentation
- Centre canadien d’architecture, salle Paul-Desmarais , 8 mars 2026
- Instrumentiste(s)
- Julie Trudeau (violoncelle) et Julien LeBlanc (piano)
- Interprète(s)
- Catherine St-Arnaud (soprano)

