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CRITIQUE - Nils Wanderer à l’OSQ : inoubliable et fascinant !

CRITIQUE - Nils Wanderer à l’OSQ : inoubliable et fascinant !

La rentrée hivernale de l’Orchestre symphonique de Québec a été marquée par de nombreux temps forts, dont l’accueil de la nouvelle violoniste soliste de l’orchestre, Sheila Jaffé qui, pour son baptême, a eu droit à toute une mosaïque sonore, allant du répertoire baroque au cabaret en passant par Brahms ! Cet éclectisme audacieux était le fruit de la rencontre entre le chef Clemens Schuldt, toujours ouvert aux découvertes, et son compatriote, le contreténor Nils Wanderer.

Annoncé comme « l’expérience Nils Wanderer », ce concert-spectacle a eu lieu au Palais Montcalm, l’endroit idéal pour accueillir un contre-ténor et un répertoire à saveur baroque. La vente des billets a connu un tel succès qu’il a fallu ajouter une soirée supplémentaire, elle aussi à guichets fermés. Voilà de quoi se réjouir, quand on sait combien les organismes culturels en arrachent depuis la pandémie !

La soirée se divisait en deux parties distinctes, formant, j’oserais dire, deux concerts en un.   La première partie, orchestrale, a enchaîné subtilement la brève Sinfonia de la cantate BWV 4 de Johann Sebastian Bach avec la Symphonie n° 4 de Johannes Brahms. Comme toujours, le courant passait tellement entre Schuldt et l’orchestre que sa vision très personnelle de la symphonie a donné lieu à des moments intenses. Ce fut le cas de l’Andante moderato dans lequel les thèmes circulaient avec fluidité d’une section à l’autre, ainsi que des contrastes de tempi et de nuances de la Passacaille, dans laquelle le solo de flûte de Jacinthe Forand semblait flotter.

La seconde partie du concert, enrichie par les jeux de lumière de Nyco Desmeules, concepteur-éclairagiste en résidence à l’OSQ, allait de découverte en découverte. Elle a commencé, de manière éclatante, par la Canzon XVI pour douze cuivres de Giovanni Gabrieli. Les musiciens, répartis par groupes de quatre dans la corbeille au-dessus de la scène, ont su recréer la spectaculaire ambiance polychorale qui régnait dans la basilique Saint-Marc de Venise au début du XVIIe siècle. Une expérience à renouveler, et à laquelle se prête bien l’acoustique du Palais Montcalm !

Enfin, Nils Wanderer, le divo tant attendu, fit son entrée, arborant un demi-visage maquillé à la manière de certains masques vénitiens carnavalesques, et une allure tantôt princière, tantôt bohème, au gré de ses changements de costumes. Le jeune chanteur qui, en 2022, s’était distingué au Concours international de Montréal et à Operalia est bel et bien une star !

Nils Wanderer, L'expérience Nils Wanderer, Orchestre symphonique de Québec, 2026

Dès les premiers accents du « Lamento » de l’opéra Didon et Énée de Purcell, nous sommes sous le charme, conquis, impressionnés par la voix et par la personnalité de Wanderer. Cet enchantement baroque comprenait également un autre air de Purcell, celui, si pittoresque et d’actualité, du Génie du froid (Cold Song) extrait du King Arthur, et deux airs de Handel, l’éloquent récitatif accompagné suivi de l’air « Stille amare » de Tolomeo et le très connu « Lascia ch’io pianga » de Rinaldo, dans lequel il a créé un moment d’extase en étirant voluptueusement le soupir (sos-piri) final.

Wanderer possède une voix à la fois puissante et pleine de nuances subtiles, une incontestable musicalité, et n’hésite pas à se servir de ses mains pour prolonger l'expression de ce qu’il chante. Pour ce volet du concert, le luthiste québécois David Jacques a enrichi l’orchestre des accords de son théorbe.

David Jacques (théorbe) et Nils Wanderer, L'expérience Nils Wanderer, Orchestre symphonique de Québec, 2026

Entre les apparitions du chanteur, l’OSQ est sorti de sa zone de confort en empiétant, et fort bien, sur les plates-bandes des Violons du Roy, locataires attitrés du Palais Montcalm : leurs deux extraits des Boréades de Jean-Philippe Rameau, notamment la Contredanse en rondo, en étaient la preuve. Après la ravissante Fantaisie sur Greensleeves de Ralph Vaughan Williams, l’OSQ s’est attaqué à Aheym du compositeur américain Bryce Dessner, une œuvre pour quatuor à cordes, arrangée pour orchestre par Aleksey Shegolev. Son univers à la fois rock et minimaliste se mariait avec l’esprit baroque de la passacaille ou du fandango.

Le retour de Nils Wanderer, démaquillé, en tenue de ville, a transporté le spectateur dans une ambiance de cabaret. Chantant cette fois avec micro, il a montré la pleine mesure de son savoir-faire et de sa polyvalence, passant avec une aisance remarquable de son registre naturel de baryton à celui de contreténor. Son interprétation de l’Hallelujah de Leonard Cohen m’a réconciliée avec cette chanson trop souvent massacrée lors de funérailles. La dernière pièce au programme était le succès d’Adele, Skyfall, chanson générique du film éponyme avec James Bond. En rappel, Wanderer a chanté deux de ses compositions, dont Saint-Petersburg, un hymne abordant les préjugés liés au sida et à l’homosexualité.

La soirée s’est prolongée dans le petit salon dit « de Madame Belley » où le chef, au piano, et Nils Wanderer ont interprété en toute simplicité une romance de Schubert et Memory d’Andrew Lloyd Webber. Comme l’avait si bien dit Clemens Schuldt, « Le monde a besoin de plus d’artistes comme ça. »

Photographie : Carl Langelier

L’expérience Nils Wanderer

Production
Orchestre symphonique de Québec
Représentation
Salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm , 29 janvier 2026
Direction musicale
Clemens Schuldt
Instrumentiste(s)
David Jacques (théorbe)
Interprète(s)
Nils Wanderer
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