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CRITIQUE - L’OSM et Marie-Nicole Lemieux : Inoubliable Poème de l’amour et de la mer

CRITIQUE - L’OSM et Marie-Nicole Lemieux : Inoubliable Poème de l’amour et de la mer

Marie-Nicole Lemieux
Photographie: Geneviève LeSieur

Quel beau programme nous offre l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) pour ce concert en ligne disponible du 12 au 26 janvier ! Sous la direction sensible et expansive de Jean-Marie Zeitouni, deux œuvres orchestrales – le Concerto pour orchestre d’Ana Sokolović et la Symphonie no 7 de Ludwig van Beethoven – encadrent un extraordinaire Poème de l’amour et de la mer d’Ernest Chausson, interprété avec une rare intensité par Marie-Nicole Lemieux. Tout cela combiné crée une expérience musicale non seulement cohérente et équilibrée, mais aussi extrêmement prenante : même à distance, on est happé par la musique, du début à la fin.

 Ouvrir ce concert – le premier présenté par l’OSM depuis l’annonce de la nomination de son nouveau directeur musical désigné, Rafael Payare – avec le Concerto pour orchestre de Sokolović est un choix hautement symbolique. L’œuvre a en effet été composée en 2007 sur une commande de l’OSM, et créée lors d’une tournée de l’orchestre avec Kent Nagano, qui commençait alors tout juste son mandat de directeur musical. En reprenant aujourd’hui cette œuvre d’une grande richesse, l’orchestre montre que la nouvelle ère qui s’ouvre dans son histoire s’inscrit dans la continuité de son passé récent, marqué par une place importante accordée aux compositeurs et compositrices d’aujourd’hui.

 Ce choix de programmation s’avère d’autant plus judicieux que Jean-Marie Zeitouni propose une interprétation remarquable du Concerto pour orchestre de Sokolović. Avec justesse et précision, le chef met en valeur les contrastes dynamiques inhérents à l’œuvre ; l’intériorité du deuxième mouvement, en particulier, est magnifique de sensibilité retenue.

 Une sensibilité plus grande encore se déploie dans le Poème de l’amour et de la mer, où le chef, l’orchestre et la soliste – impressionnante Marie-Nicole Lemieux – s’unissent pour créer un moment musical d’une beauté tragique et bouleversante.

 Tout au long des deux mouvements chantés (« La fleur des eaux » et « La mort de l’amour »), l’équilibre entre la voix et l’orchestre demeure parfait, mettant en valeur l’intensité extraordinaire de l’interprétation de la contralto. La diction irréprochable de cette dernière fait en sorte qu’on saisit chaque mot des poèmes d’amour malheureux mis en musique par Chausson, et qu’elle incarne avec une rare intensité dramatique.

 Portée par des tempi posés, calmes mais sans lenteur, l’interprétation de Marie-Nicole Lemieux est à la fois habitée et pleine d’intériorité – comme d’ailleurs celle que Jean-Marie Zeitouni livre de l’interlude orchestral, d’une grande délicatesse, et qui semble suspendue hors du temps. Cette expressivité partagée trouve son sommet dans la section finale du troisième mouvement, « Le temps des lilas », émouvante jusqu’aux larmes ; et l’on s’arrache à regret de l’univers musical d’une exceptionnelle beauté qu’ont su créer ensemble ces musiciens exceptionnels.

 La dernière œuvre au programme, la Symphonie no 7 de Beethoven, était peut-être un ultime héritage de l’année anniversaire du compositeur (le concert ayant été à l’origine programmé pour une présentation en salle en novembre 2020). Ici aussi, Jean-Marie Zeitouni livre une superbe performance, empreinte d’une expressivité à la fois expansive et toujours juste ; le deuxième mouvement, surtout, est un merveilleux moment de délicatesse et d’intensité, où les contrastes sont déployés avec une grande sensibilité. La symphonie se termine en apothéose avec un finale au mouvement irrésistible, plein d’allant et d’énergie.

 Malgré tous les défis qu’entraîne le format (assurément imparfait) du concert en webdiffusion, cette soirée musicale est remarquablement réussie. Profiter de la présence scénique d’un chef et d’une soliste aussi charismatiques – avec toute la proximité que permet la caméra – a aussi ses avantages ; et en attendant de retrouver l’OSM sur scène, c’est un véritable plaisir de le voir et de l’entendre à distance dans un répertoire aussi bien maîtrisé.

*****

La somptueuse Symphonie no 7 de Beethoven

Ana Sokolović, Concerto pour orchestre
Ernest Chausson, Poème de l’amour et de la mer, op. 19
Ludwig van Beethoven, Symphonie no 7 en la majeur, op. 92

DM : Jean-Marie Zeitouni
INT : Marie-Nicole Lemieux, contralto
ORC : Orchestre symphonique de Montréal
Production : Orchestre symphonique de Montréal

Concert enregistré le 24 novembre 2020 et disponible en ligne du 12 au 26 janvier 2021. 


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