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TÊTE D'AFFICHE - Natasha Henry, Anna-Sophie Neher et Rose Naggar-Tremblay

TÊTE D'AFFICHE - Natasha Henry, Anna-Sophie Neher et Rose Naggar-Tremblay

Anna-Sophie Neher, Natasha Henry et Rose Naggar-Tremblay seront, dès le 24 octobre, sur les planches de la salle Louis-Fréchette pour présenter Orphée et Eurydice de Gluck. L’Opéra s’est entretenu avec les trois interprètes, qui ont parlé de leur rapport à leur rôle, de la contemporanéité du mythe d’Orphée et de leur complicité.

Est-ce la première fois que vous interprétez ces rôles?

NH : C’est la première fois que j’interprète Amour. C’est un super rôle pour moi, parce que ça m’a vraiment mise au défi! J’ai beaucoup aimé l’apprendre, me surpasser, parce qu’il est vraiment contraire à toute l’atmosphère de l’œuvre, qui est très sombre, intense et dramatique. Amour est beaucoup plus légère, voire même espiègle. Je n’avais pas encore eu l’occasion de jouer des rôles jeunes, vivants, pétillants et drôle comme celui-là dans mon parcours. La partition est dans une tessiture assez grave pour une soprano, donc ça a aussi été un beau défi technique! C’est d’ailleurs la première fois que je joue dans une maison d’opéra! C’est un plus petit rôle dont les interventions sont primordiales et importantes malgré tout, et je trouve que c’est une très belle façon de commencer.

ASN : Moi, j’ai déjà joué Eurydice. Je l’ai chanté l’année passée dans la même production, avec le même metteur en scène et le même chef d’orchestre. C’est un rôle que j’aime vraiment beaucoup, et c’est la première fois que j’arrive dans une production et que je connais déjà la mise en scène. Déjà, l’année dernière, je l’ai travaillé en profondeur avec le metteur en scène Christophe Gayral, qui signe aussi cette production de l’Opéra de Québec et qui est très exigeant et particulier avec les intentions. C’est la première fois qu’on me parle de l’intention de découvrir les mots en les chantant, comme on fait dans la vraie vie. L’idée, c’est de trouver la pureté des émotions en se transformant complètement dans un autre personnage. C’est ce que j’avais beaucoup aimé l’année passée, et cette année, j’ai l’occasion de pousser ce travail encore plus loin, de l’approfondir. En plus, c’est un rôle que j’adore!

Est-ce que cet opéra nécessite une complicité entre les interprètes principales?

RNT : Oui, mais c’est une complicité très particulière puisque presque tout se fait à l’aveugle. Orfeo ne voit pas Amour qui agit comme un dieu omniprésent, et il lui est interdit de regarder Eurydice. Toute la tension relationnelle doit donc se sentir dans la voix. C’est une grande leçon de chant!

ASN : Pour les personnages d’Orphée et Eurydice, certainement, on doit vraiment avoir une complicité. Le public doit pouvoir sentir de l’électricité entre ces deux personnages sans qu’ils se regardent. C’est un grand amour, il est quand même descendu aux enfers la chercher, il remonte et ne veut plus lui parler, elle ne comprend pas. Elle essaie de le faire se retourner, et quand il n’en peut plus, il se retourne. C’est cet amour-là qu’on doit voir, il faut que ce soit chargé. À chaque fois qu’on arrive à ce moment, on entend le public retenir sa respiration. On bâti une complicité, puis quand on la relâche, c’est vraiment quelque chose.

NH : Pour Amour, c’est un peu différent. Je dois avoir une complicité avec les deux autres personnages, mais Amour est dans l’ombre d’Orphée. Dans la mise en scène, on fait beaucoup de mouvements en miroir. Je dois vraiment me coller à sa démarche. Ma connexion aux autres interprètes est donc différente parce qu’au début, je suis là, mais Orphée ne me voit pas, il m’entend seulement. Ça relève de l’espièglerie du personnage.

ASN : Oui, et aussi, Amour, elle est au-dessus de tout ça, c’est comme un dieu qui joue avec des marionnettes.

Le mythe d’Orphée fait actuellement un grand retour dans le paysage opératique. Comment vous positionnez-vous par rapport à ça? Comment cette histoire résonne-t-elle aujourd’hui?

ASN : Moi, j’ai toujours adoré la mythologie grecque, et je pense que je ne suis pas la seule! Ma génération a grandi en étant adepte d’Harry Potter, du Seigneur des anneaux, qui comportent des éléments mythologiques. Il y a un attrait dans la mythologie qui est, selon moi, intéressant à exploiter. Justement, il y a une série, Chaos, qui exploite l’histoire du mythe d’Orphée. Ça a toujours inspiré beaucoup d’œuvres musicales et artistiques, et je pense que ça va rester comme ça. D’ailleurs, Orphée et Eurydice, ça reste des émotions qui peuvent correspondre à ce qu’on vit. L’amour que l’on vivait il y a 2000 ans est sans doute comparable à celui que l’on vit maintenant.

NH : Oui, et le noyau de cet opéra-là, c’est justement la contrainte. La contrainte de ne pas regarder Eurydice. Encore aujourd’hui, il y a tellement de contraintes dans les amours, tellement de raisons qui expliquent pourquoi des gens ne peuvent pas être ensemble, pourquoi ils ne peuvent pas s’aimer… et je pense que ça, c’est très contemporain.

Quel moment de l’œuvre trouvez-vous le plus marquant en tant qu’interprète?

ASN : L’opéra est vraiment court, seulement 1h30 divisé en trois actes, et mon personnage, Eurydice, arrive seulement à la fin. Donc, je dirais que mon moment préféré est le troisième acte en entier, disons, avant qu’Eurydice ne meure. On commence à voir la tension qui monte, à comprendre de plus en plus…

NH : Moi, je dirais que mon moment préféré est le première acte, parce que les interventions d’Amour sont beaucoup plus espiègles, et que dans la mise en scène, elle est le reflet d’Orphée. Il y a quelque chose de vraiment intéressant dans le fait de chercher une démarche plus enfantine.

Un autre moment que j’apprécie beaucoup, c’est un moment où je ne chante pas. Je trouve tellement beau le duo entre Eurydice et Orphée dans l’acte 3. C’est aussi la simplicité de la mise en scène qui reflète l’idéologie de Gluck à ce moment-là, et qui met la musique de l’avant.

Parlant de la mise en scène, qu’est-ce que la production à laquelle vous participez fait ressortir de l’œuvre?

ASN : C’est le premier opéra de Gluck après la réforme, donc le compositeur voulait retourner aux bases et enlever tout ce qui n’était pas nécessaire, et la mise en scène le respecte vraiment. C’est très beau visuellement par sa simplicité. Christophe Gayral est retourné à ce qui est important. Il n’y a pas de distractions, et ça fait que les interprètes et le public sont obligés de se concentrer sur ce qui est important, et c’est ce qui est extrêmement touchant et poignant de la production.

NH : Christophe voulait aussi mettre de l’avant le côté « villageois » pour que ce soit plus représentatif de la vie « normale », pour que les gens dans la salle puissent se reconnaitre, qu’ils ne sentent pas que c’est au-dessus d’eux ou dans un monde très lointain.

ASN : Aussi, on est chanceux d’avoir Bernard Labadie comme chef d’orchestre. Il est aussi dans cette optique-là. J’ai vu des productions d’Orphée et Eurydice où il y avait beaucoup d’ornementations, mais Labadie souhaite aussi revenir à la base, et se fie vraiment à ce que Gluck avait écrit.

Orphée et Eurydice de Gluck sera présenté à la salle Louis-Fréchette du Grand théâtre de Québec les 24, 27, 29 et 31 octobre. Pour les billets, c’est juste ici!

Photographes : Andréanne Gauthier (Anna-Sophie Neher), Tam Lan Truong (Natasha Henry)


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