TÊTE D'AFFICHE - Julie Boulianne
La mezzo-soprano québécoise Julie Boulianne est actuellement au Québec pour deux productions importantes : Dialogue des Carmélites, qui sera présenté au Festival d’Opéra de Québec, et Werther, qui sera présenté à l’Opéra de Montréal à la saison prochaine. L’Opéra s’est entretenu avec elle alors qu’elle prenait quelques jours de congé dans son chalet au Lac Saint-Jean, près duquel elle a grandi.
Née dans une famille de chanteurs amateurs, Julie Boulianne s’est toujours intéressée à la musique. Mais elle n’a pas toujours été interprète lyrique ! Dès le début de ses études, son instrument est le piano, qu’elle étudie au Cégep d’Alma pendant trois ans, parallèlement à des études de sciences de la nature. La chanteuse avoue, pleine de reconnaissance, que « c’est le chant qui l’a choisie », quand, à la fin de son parcours collégial, elle participe au Concours de musique du Canada, qu’elle remporte. Cette réussite l’incitera à s’inscrire en chant lyrique de l’Université McGill, marquant le début de sa carrière dans ce domaine. Si elle a continué son apprentissage du chant à la Julliard School of Music à New York, puis à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, les bases de sa carrière étaient déjà posées. En effet, la jeune interprète accumulait déjà les contrats dans plusieurs institutions. Aujourd’hui chanteuse professionnelle depuis 25 ans, jeter un regard rétrospectif sur sa carrière lui fait apprécier sa chance.
Contrairement à d’autres artistes qui ont des rôles chouchous, Julie Boulianne, quant à elle, apprécie la diversité dans ses différents projets. « Ce que j’ai aimé de ma carrière, c’est que j’ai fait un peu de tout ! », renchérit-elle. Alors qu’au début, elle se concentrait sur des rôles comme ceux tirés des œuvres de Mozart et Rossini – on l’a notamment vue à de nombreuses reprises dans les rôles de Barbarina (Les noces de Figaro), et de Cenerentola dans l’opéra éponyme de Rossini – aujourd’hui, elle varie son répertoire. Julie Boulianne insiste sur le fait qu’elle joue souvent dans des récitals et qu’elle considère Mahler comme le compositeur par excellence pour les chanteuses de tessiture mezzo-soprano. Elle a interprété à plusieurs reprises les parties solistes de ses symphonies maximalistes, notamment la troisième (Seattle Symphony, 2024), la deuxième (Orchestra Iowa, 2013), et la troisième (Calgary Philhamonic Orchestra, 2011). Mais ce qui la rend la plus fière est sans hésitation la création de nouvelles œuvres. En effet, selon Boulianne, celles-ci sont « importantes pour l’avancement de l’art ». Elle affirme que pour elle, ces projets constituent de grands défis où ses compétences musicales sont réellement mises à l’épreuve, faute de comparatifs sur lesquels s’appuyer. On pourra la voir bientôt dans une création à l’Opéra de Paris, dont elle a particulièrement hâte de commencer le processus de répétitions. Il s’agit de Miroir de nos peines, dont le livret est basé sur un roman de Pierre Lemaitre, et la musique composée par Hèctor Parra. La production sera présentée au printemps 2027.
D’ici là, par contre, plusieurs productions québécoises mettront en vedette Julie Boulianne ! La prochaine en liste est Dialogue des Carmélites, de Francis Poulenc, production dans laquelle elle interprétera le rôle de Mère Marie de l’incarnation. La chanteuse n’en est cependant pas à son premier contact avec l’œuvre. Elle a joué le même rôle en 2023, à l’Opéra Royal de Wallonie Liège, ainsi qu’en 2024, au Wiener Staatsoper. Son lien avec l’œuvre est profond, car une grande camaraderie s’est développée au sein de l’équipe lors de chaque production. En effet, Dialogue des Carmélites met principalement en scène des personnages féminins, tandis que les rares rôles masculins sont disséminés dans certaines scènes. Cet aspect de la distribution contribue donc à souder l’équipe. Pour ce qui est de l’opéra en tant que tel, son histoire est lourde, et Boulianne y tient un rôle plutôt ingrat, et ce, jusqu’à la dernière scène, où son personnage est le seul à ne pas mourir : « à chaque fois, ça me fait un petit quelque chose de ne pas mourir avec mes collègues…», renchérit-elle, avec humour. Ces aspects de l’histoire n’empêchent pas l’interprète de qualifier l’œuvre d’extraordinaire.
Dialogue des Carmélites, de Poulenc, sera présenté au Festival d’Opéra de Québec du 28 juillet au 1er août prochains. Julie Boulianne y sera accompagnée de l’Orchestre symphonique de Québec et du Chœur de l’Opéra de Québec. Nous pourrons aussi la voir à l’Opéra de Montréal, à l’automne, où elle interprétera le rôle de Charlotte dans Werther de Massenet, en novembre 2026.
Photographie : Andréanne Gauthier

