EN COULISSE - Marie-Josée de Varennes et Robert Huard : Choristes à l'Opéra de Québec

Qu’il soit directement sous les projecteurs ou plus en retrait sur scène, le chœur d’opéra joue un rôle clé dans toute production. Dans ce En coulisse, plongez dans l’univers de deux choristes d’opéra pour qui le métier n’a plus de secrets.
Bien qu’il n’occupe pas autant l’avant-scène que les solistes, le chœur d’opéra est essentiel à plusieurs œuvres du répertoire lyrique. Pensons simplement aux opéras de Verdi, dont l’écriture élaborée donne lieu à de puissants moments musicaux portés par ce groupe d’interprètes, ou encore à La flûte enchantée de Mozart, dans lequel le chœur de prêtres puis d’esclaves de Monostatos fait partie intégrante de l’intrigue. Pour Robert Huard et Marie-Josée de Varennes, choristes à l’Opéra de Québec (OdeQ), ces œuvres qui font particulièrement briller le chœur d’opéra illustrent à merveille le rôle de ce dernier, soit de soutenir les solistes aussi bien dans la partition que dans le livret.
Avant de se joindre au chœur de l’Opéra de Québec, ces deux choristes aguerris ont connus des parcours similaires : ils ont dès leur plus jeune âge chanté dans des chorales et suivi des cours de chant en privé. Ils ont ensuite étudié au Cégep de Sainte-Foy en interprétation de la musique, au sein d’un cursus qui n’était donc pas précisément dédié au chant choral. Ce sont plutôt leurs expériences en parallèle et précédant leurs études qui leur ont donné le bagage nécessaire afin de faire du chant choral leur vocation. « C’est de fil en aiguille que je suis devenu choriste », explique Robert Huard, qui a pour sa part chanté dans le chœur du Festival d’Ottawa avant d’intégrer le chœur de l’Opéra de Québec. De son côté, Marie-Josée de Varennes mentionne qu’elle a d’abord commencé une formation collégiale en technique policière, puisqu’elle n’avait pas envisagé le chant comme une possibilité de carrière. C’est grâce aux encouragements d’un de ses partenaires de chorale dans une église qu’elle a finalement décidé de passer des auditions afin d’effectuer un changement de programme d’étude, et ainsi de se tourner complètement vers la musique.
Un important pilier à l’opéra
Questionnés sur le rôle du chœur à l’opéra, Marie-Josée de Varennes et Robert Huard s’entendent pour dire qu’il soutient à la fois la musique et l’histoire racontée. Pour ce qui est de l’apport du chœur dans l’intrigue, le baryton explique d’abord que les choristes jouent des personnages au même titre que les solistes. « [Le chœur] ne fait pas qu’apparaître, chanter et sortir de scène. Les choristes ont aussi des rôles spécifiques », mentionne celui qui exerce le métier de choriste depuis maintenant 43 ans. Marie-Josée de Varennes ajoute que le métier requiert ainsi beaucoup d’imagination afin de créer des personnages et leur donner vie sur scène. « Chaque choriste se construit un petit rôle dans sa tête à partir des bases établies par le metteur scène, et y ajoute de l’agrément », spécifie la mezzo-soprano. Dans un chœur comme celui de l’Opéra de Québec, composé d’environ 30 chanteurs et chanteuses, ce sont donc autant de personnages supplémentaires qui contribuent aux récits et interagissent avec les solistes.
Afin d’exemplifier son propos sur la création de personnages, Marie-Josée de Varennes évoque la production de La chauve-souris de Strauss II, présentée à Québec en mai 2024. À un moment dans l’opéra, celle qui a intégré le chœur de l’Opéra de Québec en 1999 a été mandatée de traverser la scène avec trois de ses collègues et de feindre l’ivresse. Inspirée par sa tâche, la choriste y a ajouté sa touche personnelle. « Je me suis mise à prendre une coupe à la fois et à les boire d’un trait ! », raconte-t-elle. Le metteur en scène, qui a adoré son intervention, a renchéri en lui demandant de finir tous les verres de champagne et d’interagir avec la soliste principale, lui indiquant qu’il ne restait plus une goutte d’alcool alors qu’elle venait se procurer une coupe. « C’est plaisant d’avoir la permission de jouer comme ça, c’est un pur bonheur », déclare Marie-Josée de Varennes.
Une préparation en amont
La préparation des choristes pour une production se passe généralement en deux volets : d’abord individuellement pour ce qui est de l’apprentissage de la partition, puis en groupe pour les répétitions du chœur entier et l’intégration de la mise en scène. À l’Opéra de Québec, les choristes reçoivent leurs partitions environ deux mois avant les dates de représentation d’une production, et peuvent dès lors entamer la mémorisation de la musique et du texte à chanter. Tant Marie-Josée de Varennes que Robert Huard mentionnent que cette étape effectuée de façon solitaire est capitale, puisqu’il est essentiel de connaître la partition par cœur avant d’apprendre la mise en scène. « Lorsqu’on commence la mise en scène, c’est très important d’avoir une maîtrise complète de la partition. On n’est pas toujours sur place sans bouger en tant que choristes, au contraire ! On est constamment dans l’action, et il ne faut pas être dérangé par un manque de préparation sur le plan musical lorsque le metteur en scène donne ses indications », explique Marie-Josée de Varennes.
Interpréter l’œuvre avec la mise en scène a également une incidence sur les repères auditifs : les interprètes ne sont plus regroupés par section et doivent ainsi chanter aux côtés de collègues effectuant d’autres parties vocales. L’oreille doit donc s’adapter aux nouvelles hauteurs, ainsi qu’aux nombreux mouvements physiques. « Aujourd’hui, les metteurs en scène demandent beaucoup de choses comparativement à quand j’ai commencé. Il ne suffit pas de chanter : il faut se rouler par terre, traverser la scène en courant… tout en chantant ! », ajoute la mezzo-soprano à cet égard. Selon Robert Huard, c’est entre 20 et 30 heures de répétitions qui sont consacrées à l’apprentissage de la mise en scène, composante essentielle de toute production lyrique. Viennent par la suite l’ajout des costumes, et les répétitions générales sur scène.
En ce qui concerne les répétitions strictement musicales en groupe, les choristes effectuent dans un premier temps du travail avec un répétiteur ou une répétitrice, et rencontrent, dans un deuxième temps, la personne qui assurera la direction musicale de la production. Aujourd’hui, c’est la soprano Catherine-Élisabeth Loiselle qui prépare le chœur avant la venue du chef ou de la cheffe. Si elle transmet d’emblée aux choristes des consignes concernant les tempi et les nuances reçues de la part de la direction musicale, une adaptation est toujours requise au moment de répéter avec le chef ou la cheffe. Si cela peut être déconcertant au départ, l’expérience acquise au fil des années fait en sorte que le temps d’adaptation devient de plus en plus rapide. « On apprend à se “virer sur un dix sous”, comme on dit ! », explique Marie-Josée de Varennes en riant.
Il est également possible de se produire comme soliste de temps à autre, tout en étant choriste dans la majorité des productions. Cela s’est produit pour Robert Huard qui, lors d’une production de La vie parisienne en 2013, a remplacé le soliste devant interpréter le Baron de Gondremark à la suite d’un désistement. Il se produira également comme soliste dans la production de La Bohème qui sera présentée à l’Opéra de Québec du 16 au 23 mai 2026. En effet, Robert Huard prêtera sa voix à Benoît, le propriétaire de la mansarde louée par Rodolfo, Marcello, Schaunard et Colline.
Pour lire l’article complet, procurez-vous le numéro 36 de L’Opéra. Retrouvez-le en version papier ou numérique sur le site de la SODEP en cliquant ici.

