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CHANTEUSE EN CONSTRUCTION - Le plan cinq ans

CHANTEUSE EN CONSTRUCTION - Le plan cinq ans

J’ai eu la chance de discuter et de travailler avec différentes équipes de gestion de carrière dans mes premières années en sortant de l’école. J’étais curieuse de tout, je voulais comprendre la recette du succès et je posais beaucoup de questions à toutes les têtes pensantes de notre industrie qui croisaient ma route.

Une des personnes clés dans mon parcours, avec qui je travaille toujours d’ailleurs, c’est Jacynthe Plamondon chez In Tempo. Elle tient une boîte de gérance à la carte, un modèle d’affaire où l’artiste choisit les services dont il a besoin, et paye un montant forfaitaire plutôt qu’une commission. Je l’engage, entre autres, pour m’aider avec mes demandes de subventions, le booking de tournée ou encore les papiers pour travailler à l’étranger.

Le plus beau cadeau qu’elle m’a fait, ça a été de me guider tranquillement vers la planification et l’exécution de mes projets à moyen-long terme, en établissant le fameux plan cinq ans.

Dans les premiers mois de notre collaboration, je ne lui confiais que des mandats urgents. De semaines en semaines, on ne s’en sortait jamais, il y avait un nouveau feu à éteindre ou une occasion à saisir. Un tel m’invite à son festival, il faut que j’écrive un spectacle, l’occasion est trop belle…Y’a un gros concours international en même temps que mon petit contrat en région, qu’est-ce qu’on priorise? Je n’ai pas le temps de laisser mon passeport à Toronto pour faire faire mon visa de travail, comment on règle ça? Et c’est reparti pour les 12 travaux d’Astérix de la bureaucratie! Je faisais de longues listes de choses à faire, que je déléguais de mon mieux entre son équipe, mon entourage et moi, et on n’en voyait jamais la fin.

Au bout de six mois, Jacynthe a fortement insisté pour qu’on travaille sur un plan stratégique. Elle avait besoin de comprendre où je m’en allais pour pouvoir planifier les coups d’avance. C’est là que j’ai compris que j’étais l’incarnation du problème de l’embarras du choix. J’avais très peu d’intérêt à déterminer ma destination, tout ce qui m’importait c’était d’aller le plus loin possible.

C’est physiquement impossible d’aller loin, quand tu changes constamment de direction.

On a parlé longtemps, on a écrit des objectifs, un an, trois ans, cinq ans. Je veux habiter où, je veux travailler avec qui, sur quoi, est-ce que je veux me marier, avoir des enfants? Une maison? De quel salaire annuel j’ai besoin pour me sentir en sécurité? Comment je vais faire cohabiter création et interprétation dans ma vie professionnelle?

Quand tu fais l’exercice pour de vrai, avec des témoins qui sont ensuite rémunérés pour t’aider à t’en tenir à ce que tu as nommé, ça impose une certaine gravité à tes prises de décision. Elle a été là, un an, deux ans trois ans plus tard, pour me rappeler à l’ordre quand je laissais l’impulsivité me détourner de mes buts.

On a eu beaucoup de bons coups, même si j’étais souvent frustrée du temps que prennent les choses à s’installer et des refus que j’apprenais à formuler peu à peu. Parce qu’il faut dire non souvent pour pouvoir dire de grands oui quand c’est le temps.

C’est derrière ma grosse bedaine pleine d’amour de troisième trimestre, assise dans la maison de mes rêves que je partage avec mon mari et ma chatte à côté d’un piano dont le lutrin déborde de projets passionnants et affiche un échéancier bien rempli pour la saison prochaine que je réalise; ben coudonc, on s’est rendu. À peu près tout ce qui figurait sur ma liste en 2021 s’est réalisé depuis. Comme quoi, il faut apprendre à faire confiance à sa vision, et surtout, lui laisser l’espace et le temps de se déployer. 


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