TÊTE D'AFFICHE - Rihab Chaieb
Rihab Chaieb est une mezzo-soprano qui a grandi à Montréal. Admise dans le programme Canadian Opera Company très rapidement après ses études, elle est maintenant connue à travers le monde grâce à sa maîtrise d’un répertoire très varié. Nous aurons la chance de la voir, au début du mois de mai prochain, à l’Opéra de Montréal, où elle interprétera une Carmen qui n’est plus à vanter auprès des critiques d’opéra.
Rihab Chaieb n’est pas tombée dans la musique dès l’enfance comme bon nombre de ses homologues interprètes musicaux. Les musiques qui la faisaient vibrer, pendant son enfance et son adolescence, sont bien différentes de celles qu’elle interprète aujourd’hui. D’un côté, son héritage tunisien se faisait sentir dans les musiques écoutées à la maison. De l’autre, elle cultivait un fort intérêt pour la musique power metal, qui constitue le premier genre musical auquel elle s’adonnera, adolescente : « Dans ce style de métal, il y a énormément de mélodies. D’ailleurs, les chanteuses de certains groupes ont une formation lyrique! », explique-t-elle. Avec quelques amis, elle a donc fondé un groupe de musique de ce style. Alors que les membres de son groupe avaient tous suivi une formation musicale, Chaieb, elle, ne possédait aucune connaissance de la musique. Remarquant sa passion grandissante pour celle-ci, ils l’ont encouragée à s’inscrire à des cours particuliers de chant. C’est ainsi qu’elle a rencontré sa première professeure, Madeleine Soucy, qui lui a donné la piqûre du chant classique. Elle s’est par la suite inscrite à un double diplôme en musique et en mathématiques au Cégep de Saint-Laurent, puis à la Schulich School of Music de McGill, où son parcours lyrique s’est scellé.
Après un baccalauréat sous la tutelle de Sanford Sylvan, elle a vite été admise à la Canadian Opera Company (2010-2013), où elle a pu faire ses débuts notamment à travers le rôle de Sesto (La clemenza di Tito). Par la suite, elle s’est dirigée vers New York, où elle s’est engagée dans le programme Lindemann pour les jeunes artistes, au Metropolitan Opera. Elle y a notamment interprété les rôles de Zulma (L’italiana di Algeri), de Laura (Luisa Miller), et de Sandmännchen (Don Giovanni). Aujourd’hui, ses liens avec les institutions qui lui ont donné ses premières chances sont toujours préservés : tant sa participation à Nabucco, avec la Canadian Opera Company (2024), que sa participation à Rigoletto, au Met (2025), ont été acclamées par la critique.
Aujourd’hui, la carrière de la mezzo-soprano s’est largement développée, et elle est connue de très nombreux orchestres et maisons d’opéra du monde entier, où les qualités de son jeu ont été soulignées à plusieurs reprises. De son interprétation théâtrale de Dorabella (Così fan tutte, Washington National Opera, 2022)), on applaudit l’authenticité (Stage and Cinema), la spontanéité et le côté comique (Indulge Magazine), et de sa voix, on salue la précision et un vibrato bien balancé (Patrick Dillon, Opera Canada). Chaieb est aussi douée pour les opéras contemporains, comme Akhnaten de Philip Glass, œuvre dans laquelle elle a interprété le rôle de Nefertiti au Met. La chimie qu’elle partageait avec Anthony Roth Costanzo y a été très remarquée (notamment par Joshua Barone, dans le New York Times). Son répertoire chouchou reste tout de même l’opéra romantique français, comme ceux de Massenet et de Saint-Saëns. Elle aura d’ailleurs la chance de jouer Dalila pour la première fois l’année prochaine, à l’Opéra de Zurich.
Quant à Carmen qu’elle interprétera à partir du 2 mai à l’Opéra de Montréal, il ne s’agira pas de son premier contact avec l’œuvre de Bizet ! Elle l’a notamment joué à la BBC ainsi qu’au Festival de Glyndebourne en 2024. Chaieb apprécie tout particulièrement ce rôle parce que, contrairement à d’autres personnages féminins plus reclus, Carmen chante, danse et joue sa liberté et sa résistance de manière très expressive. « J’essaie de penser à ce que l’on vit aujourd’hui, explique-t-elle. On essaie encore de se battre pour notre liberté. Pour moi, Carmen est bien plus qu’une femme séductrice. Elle est une femme qui sait ce qu’elle veut, qui est confortable dans sa sexualité, qui s’oppose. »
Si l’on se fie à ce que les critiques en disent, le rôle semble avoir été créé pour elle. Elle respire la liberté de Carmen et s’adapte bien aux exigences du rôle, à son caractère rebelle et manipulateur (selon Tim Ashley, dans The Guardian). Inutile d’en dire plus sur sa Carmen, car nous aurons la chance de la voir très bientôt ! Rihab Chaieb sera à l’Opéra de Montréal les 2, 5, 7, 10 et 12 mai. Pour les billets, c’est juste ici.
Crédit photo : Gaetz Photography

