TÊTE D'AFFICHE - Elisabeth Boudreault
La soprano Elisabeth Boudreault n’avait pas encore eu l’occasion de revenir chanter au Québec depuis son déménagement à Londres, en 2020. C’est donc avec joie qu’elle est revenue dans sa province d’origine, en février dernier, pour accompagner la carte blanche de l’Ensemble Éclat dans le cadre du 60e anniversaire de la SMCQ. Mais sa tournée n’est pas finie : elle se produira prochainement au sein de l’Opéra du Royaume, où elle interprétera le rôle de Cendrillon dans l’opéra éponyme de Massenet, ainsi qu’à l’Opéra de Québec, où on pourra la voir dans le rôle de Musetta (La Bohème).
Originaire du Saguenay, Elisabeth Boudreault a poursuivi ses études musicales entre Jonquière, Québec et Montréal (à la McGill Schulich School of Music), avant de partir pour l’Europe. Très vite, on a pu la voir dans des productions professionnelles telles que La Sonnambula de Bellini, où elle a interprété le rôle de Lisa avec l’Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean à l’âge de seize ans, ainsi que dans Werther, de Jules Massenet, où elle a interprété Sophie. En 2020, elle est est invitée à participer à plusieurs concerts en Europe et s’installe dans la capitale anglaise en raison de la pandémie, qui l’empêche de rentrer au Québec. Ce n’est pas plus mal puisqu’aujourd’hui, elle y est toujours installée et y mène une carrière prolifique ! Boudreault est tout de même bien heureuse de revenir à ses racines pendant un mois pour voir son entourage qui la soutient toujours, de près ou de loin : « Ça me permet de me dire que je vais redonner au Saguenay et à ma famille », affirme-t-elle avec une pointe de reconnaissante.
C’est lors de sa première interprétation de Sophie dans Werther que Boudreault a découvert son admiration pour le grand compositeur français qui, selon elle, ne possède pas la reconnaissance qu’il mérite. Effectivement, les œuvres de Massenet sont très rarement jouées dans les maisons d’opéra, et presque jamais au Québec ni, encore même, en Amérique du Nord. Comme nous l’a appris Laurence Gauvin dans le dernier numéro de L’Opéra, l’œuvre n’a été interprétée au Québec que quelques fois dans des productions d’opéra universitaires depuis le début du XXIe siècle. Selon Boudreault, il s’agit d’un opéra qui devrait plus souvent être interprété dans ce contexte, car il s’y prête extrêmement bien. « Cendrillon est l’une de mes deux œuvres préférées de Massenet. Il y a tellement d’influences de Wagner, de Debussy, c’est tellement riche musicalement. On découvre des choses nouvelles à tous les coins de la partition », décrit-elle passionnément. Avec l’équipe de l’Opéra du Royaume, elle travaille l’œuvre avec beaucoup de proximité par rapport au livret d’Henri Cain : « On peut se permettre de s’y coller, comme il est déjà superbe; il n’y a pas de besoin de réinventer la roue ».
La musique contemporaine est aussi très importante dans la carrière de Boudreault puisqu’elle lui permet d’approfondir sa créativité, de s’impliquer dans l’avènement de la création. Néanmoins, une contrainte lui empêche souvent ces projets d’aboutir : le temps. Créer est un processus qui demande un engagement temporel conséquent, ce que les artistes lyriques n’ont pas toujours l’occasion d’offrir. Son plus récent concert avec la Société de musique contemporaine du Québec en est un parfait exemple : plusieurs mois de travail aux côtés des compositeurs et compositrices ont été requis avant d’arriver à un résultat. Selon la soprano, ces conditions sont exceptionnelles : la situation n’est pas du tout pareille lors de concerts « classiques », où le travail ne dure que quelques jours ! La musique contemporaine permet également à Boudreault de participer à des résidences de création, ce qu’elle apprécie particulièrement : « C’est un moment idéal pour penser à ce que je veux raconter en tant qu’artiste », explique-t-elle. « Pour moi, la musique contemporaine sert entre autres à s’arrêter pour faire le point, pour se poser des questions ».
Lors des prochaines semaines, on aura la chance de voir Elisabeth Boudreault non seulement à l’Opéra du Royaume, mais aussi à l’Opéra de Québec. Nous vous encourageons vivement à l’attraper dans l’une ou l’autre de ces institutions musicales pendant son court séjour de ce côté de l’Atlantique ! Pour les billets de l’Opéra du Royaume, c’est ici, et pour les billets de l’Opéra de Québec, c’est ici.
Photographie : Olga Shirokova

