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RÉTROSPECTIVE - Cendrillon de Massenet

RÉTROSPECTIVE - Cendrillon de Massenet

Grand carrosse, robe de bal resplendissante, pantoufle de verre… L’opéra Cendrillon de Jules Massenet transporte dans un monde féérique qui parle autant aux petits qu’aux grands depuis un peu plus d’un siècle. L’œuvre a été produite pour la première fois au Québec en1912, bien que certains articles dans la presse prétendent le contraire. 

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Des informations contradictoires concernant la première québécoise 

À peine un an après la création de Cendrillon à Paris, certains des morceaux de Massenet figurent déjà aux programmes de concerts donnés au Québec. Dans le quotidien Le journal du 7 mars 1900, on apprend ainsi que la cantatrice québécoise Marie Theroux interprétait, lors d’un récital, la « Valse de Cendrillon », accompagnée du pianiste Emiliano Renaud (p. 8). Le 12 décembre 1912, Le Devoir annonce que la première montréalaise de Cendrillon aura lieu quelques jours plus tard, le 24 décembre, au His Majesty’s Theatre. C’est la Compagnie d’opéra de Montréal qui est responsable de la production, présentée avec grand orchestre et scénographie complète.  

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Plusieurs décennies passent avant que Cendrillon de Massenet ne soit présenté à nouveau sur la scène québécoise. C’est le Festival d’Ottawa, organisé par le Centre national des arts d’Ottawa, qui met l’œuvre au programme de son événement à l’été1979. L’une des raisons qui pourraient avoir incité les producteurs à choisir cet ouvrage est la popularité d’un enregistrement de l’opéra paru en1978, dans lequel le rôle de Cendrillon est interprété par la soprano américaine de renommée Frederica von Stade. C’est d’ailleurs cette dernière qui est choisie par le Festival d’Ottawa pour incarner la princesse dans sa production, ce qui promet d’attirer les foules. La distribution est d’ailleurs complétée par un jeune Louis Quilico, qui prête sa voix à Pandolfe, de même que par la soprano américaine Ruth Welting qui joue la Fée marraine. 

Dans plusieurs quotidiens qui annoncent cette production du Festival d’Ottawa, on mentionne que l’événement est d’une grande importance puisqu’il s’agit de la première canadienne de l’œuvre. Or, comme on vient de le voir, la première au Québec –il est impossible de confirmer que c’est la première canadienne– avait eu lieu en1912, publicités et critiques de la production à l’appui. Il est dès lors surprenant de lire dans plusieurs articles en1979 qu’il s’agit d’une grande première. Dans Le Devoir du 6 juillet, on peut par exemple lire à propos du festival que « l’événement attendu sera la première canadienne de Cendrillon de Massenet, présenté pour la première fois en Amérique du Nord au début du siècle et demeuré inconnu en France » (p. 12). Un mois auparavant, le 13 juin, on parlait même d’une « première production d’envergure en Amérique du Nord » (Le Devoir, 13 juin 1979, p. 13), ce qui est d’autant plus faux puisque l’on sait que des productions ont eu lieu auparavant à la Nouvelle-Orléans en1902 (Le Droit, 9 novembre 1978, p. 21) de même qu’à Chicago en1911 (Milnes, 2002). La confusion dans la presse en ce qui a trait à la création de l’œuvre est un fait assez notable : s’il arrive parfois qu’un article mentionne à propos d’un opéra qu’il s’agit de la première alors que ça n’est pas exact, il est plus que rare que l’information erronée soit propagée dans plusieurs autres articles, alors que c’est le cas ici. Seul un quotidien, The Sherbrooke Recordretrace les faits avec exactitude dans un article daté du 23 juillet 1979, où l’on mentionne que la production du Festival d’Ottawa est la première production professionnelle de l’œuvre depuis1912 (p. 2). 

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Une œuvre rarement présentée au Québec

Pourquoi les grandes compagnies ne produisent-elles pas plus souvent cette œuvre au sujet des plus connus, et qui plus est, en français? Il est possible d’imaginer que l’univers féérique dans lequel se déroule l’opéra soit une contrainte : cela peut exiger, dans le cadre d’une grosse production, un décor spectaculaire et des costumes extravagants. Cela ne semble toutefois pas effrayer l’Opéra du Royaume, qui présentera Cendrillon en mars prochain. Il s’agira ainsi d’une occasion en or de découvrir cette magnifique partition de Massenet et, pourquoi pas, d’aller visiter la belle région du Saguenay-Lac-Saint-Jean ! 

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Photographie : Archives Centre national des Arts


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