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TÊTE D'AFFICHE - Daniel Okulitch

TÊTE D'AFFICHE - Daniel Okulitch

Le célèbre baryton-basse canadien, dont la carrière foisonnante semble à son apogée, connaît Québec pour son architecture, son histoire et ses paysages, étant donné qu’il l’a déjà visitée dans sa jeunesse, mais ne connaît pas encore le public de la scène lyrique, l’intérieur du Grand Théâtre ni l’ambiance de travail de l’équipe de production. Ce qu’il connaît de la province francophone, il le tire de son expérience à l’Opéra de Montréal (où il a notamment chanté dans la création de Michel-Marc Bouchard et de Julien Bilodeau, La reine-garçon, en 2024) et de ses collègues et étudiants originaires d’ici. « Pour une seule production opératique, à Montréal, on peut lire jusqu’à quatre critiques différentes dans la presse, alors qu’ailleurs au Canada, on est chanceux si on ne reçoit qu’une seule critique ! », raconte-t-il en entrevue. « Les gens ont des opinions très fortes ici, et j’adore ça : ça montre que c’est important pour eux, l’art lyrique, que c’est quelque chose qui se débat et se discute ». Okulitch s’attend donc à une réception collective assez vocale de la part du public de l’Orchestre symphonique de Québec, surtout pour cette œuvre monumentale de Dvořák, son Stabat Mater, connue et appréciée de par le monde.

Si le répertoire de prédilection du baryton-basse se trouve plutôt du côté des opéras mozartiens, il revient fréquemment à ces grandes œuvres chorales et symphoniques que sont les cantates religieuses, notamment Ein deutsches Requiem de Brahms (dans lequel il a chanté à deux reprises en 2024, avec le South Dakota Symphony Orchestra et le Malmö Symphony Orchestra) ou le Dona nobis pacem de Vaughan Williams (au Cincinnati May Festival, en 2024). Pourtant, il n’a jamais encore interprété le rôle de la basse dans le Stabat Mater de Dvořák ! Au moment de l’entrevue, il s’était déjà longuement penché sur la partition, et admire la puissante émotivité qui émane de l’œuvre dans toutes les performances qu’il a écoutées. Les élans romantiques de l’orchestre et des lignes mélodiques canalisent parfaitement le sentiment de deuil que Dvořák exprime, à la suite du décès de son troisième enfant : Okulitch le compare, en ce sens, à Marie endeuillée au pied de la croix où décède son fils, ce que le compositeur a certainement planifié en choisissant d’écrire une musique sur l’hymne du Stabat Mater (ou « mère en douleur »).

Une remarque intéressante au sujet de cette œuvre : la ligne mélodique est écrite de la même manière qu’on écrirait la musique pour un rôle opératique, c’est-à-dire qu’elle est très expressive et enlevante, plus qu’une cantate baroque de Bach, par exemple. Okulitch souligne toutefois que, contrairement à un rôle d’opéra, il ne compte pas plonger dans une interprétation très sentie et personnelle pour cette œuvre. « Dvořák a tellement bien écrit cette musique, sur le plan de la dynamique entre les voix et du mélange sonore global, que proposer une interprétation trop personnelle tomberait dans l’égocentrisme. Mon rôle n’est pas d’interpréter le sentiment, mais d’être un médiateur entre le compositeur et le public. Si l’on suit à la lettre la musique que Dvořák a écrite, on comprend facilement ce qu’il recherche comme expressivité », explique le chanteur.

Daniel Okulitch, qui termine actuellement une production de Così fan tutte avec l’Opéra de Vancouver, demeure bien occupé après ce passage à Québec. Il apparaîtra dans l’opéra The Death of Klinghoffer de John Adams en avril à Florence, puis dans les Requiems de Brahms et de Mozart à Amarillo et Édimbourg en mai, dans Billy Budd de Benjamin Britten au Glyndebourne Festival en juin, et de retour à Così fan tutte en automne… dans une saison lyrique qui n’a pas encore été dévoilée, l’information demeurant donc confidentielle ! Cette saison musicale bien occupée est une ode à ses prouesses scéniques, comme en témoigne cette critique de la dernière production de l’Opéra de Vancouver. Nous vous inviterions allègrement à vous procurer des billets pour le Stabat Mater présenté par l’Orchestre symphonique de Québec le 19 février prochain, mais il semblerait que la salle soit complète ! Peut-être reste-t-il des billets cachés quelque part… pour de plus amples informations, visitez le site web de l’OSQ juste ici

Photographie : Rob Daly


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