Articles

Gala des Prix Opus du Conseil québécois de la musique – Compte rendu lyrique

Gala des Prix Opus du Conseil québécois de la musique – Compte rendu lyrique

Ian Flores-Dozol, Filofteia Nita, Claudine cinq-Mars, Dominic Trudel, Brigitte Des Rosiers, Ève-Marie Cimon, Charlotte Bauget, Camille Michelin, Dorsa Armand, Équipe du Conseil québécois de la musique, 2026

Le 8 février dernier, la Salle Bourgie a accueilli la 29e édition des Prix Opus, le gala annuel du Conseil québécois de la musique (CQM). Visant à récompenser à travers 33 catégories les meilleures initiatives de la saison 2024-2025 en matière de musique de concert (classique de toutes les époques, contemporaine et actuelle, jazz, musiques dites « du monde » et musiques folkloriques), le Gala était animé une fois de plus par le toujours très efficace Jocelyn Lebeau.

Depuis quelques années, le Gala semble avoir trouvé sa formule gagnante pour concilier un grand nombre de prix à remettre et une durée raisonnable, en réunissant plusieurs lauréates et lauréats au sein d’un même panel, lesquels sont amenés à participer à de brèves entrevues menées par Lebeau. Le tout a été ponctué de performances musicales de haut niveau ainsi que d’un hommage bien senti au journaliste musical Alain Brunet. Concernant lesdites performances musicales, soulignons une amélioration notable par rapport à l’édition précédente : elles étaient à majorité assurées par des interprètes féminines. Pour rappel, le panel musical presque exclusivement masculin de l’édition 2025 avait fait sourciller plusieurs d’entre nous, comme l’avait notamment observé notre collègue de Ludwig van Montréal, Béatrice Cadrin, dans son compte rendu de l’événement. La critique est visiblement parvenue aux oreilles du CQM, qui semble avoir mis les bouchées doubles pour rattraper le coup cette année. Le résultat s’est avéré très convaincant. Après la récitation enregistrée par Joséphine Bacon de son poème Un thé dans la toundra, la soprano innue Elisabeth St-Gelais a fait son entrée pour venir chanter, avec sobriété, profondeur et chaleur, Les chemins de l’amour, de Francis Poulenc. Par la suite, c’est l’ensemble Cordâme – sous la direction de Jean-Félix Mailloux, avec Coral Egan à la voix – qui a assuré l’accompagnement musical de l’ensemble du Gala, en plus d’offrir deux performances plus substantielles : la pièce Je vis, je meurs, sur un texte de la poétesse de la Renaissance Louise Labé, et, en conclusion du Gala, O beata e dolcissima novella, sur un poème de Gaspara Stampa, elle aussi ayant vécu au XVIe siècle. Se sont ajoutées à ces performances celle de la violoniste Marie Nadeau-Tremblay – également lauréate du prix Album de l’année – Musiques médiévale, de la Renaissance, baroque – avec le magnifique thème et variations Amusement pour le violon seul (1755), de Louis-Gabriel Guillemain, puis celle, chatoyante, de la pianiste jazz Gentiane MG, accompagnée de son groupe pour la pièce Sœur Orchidée, jouée publiquement pour la toute première fois.

En ce qui concerne les lauréates et lauréats, notre lectorat pourra en découvrir l’ensemble en consultant la page web du Gala ; nous nous limiterons ici à en présenter le volet lyrique et plus largement vocal. Le Prix Concert de l’année – Musiques médiévale, de la Renaissance, baroque a été remis au Festival international Bach Montréal pour son concert L’ouverture :  Leonardo García Alarcón dirige l’Orchestre et le Chœur du Festival, qui a mis en vedette les chanteur·euses Mariana Flores (soprano), Dara Savinova (mezzo-soprano), Nicholas Schott (ténor) et Andreas Wolf (baryton-basse). Nous avons déjà mentionné le prix remporté par la violoniste Marie Nadeau-Tremblay pour son album Obsession, qui met notamment en valeur le ténor et luthiste Kerry Bursey, aux côtés de la gambiste Mélisande Corriveau et du claveciniste et organiste Eric Milnes. Dans la catégorie Album de l’année – Impulsions anciennes, classiques, romantiques, modernes et postmodernes, le prix Opus a été remis à François Dompierre pour son Requiem, qui a notamment mis à contribution l’Ensemble ArtChoral. Dans les prix spéciaux, le prix Impact Régions a été remis à l’Orchestre symphonique de Drummondville pour le concert Mes mers intérieures, un projet musical chamboulant inspiré par la maternité et le deuil, porté par la soprano Marianne Lambert. Le prix de l’Événement de l’année a quant à lui été remis au Carmen du Festival Classica, mettant en vedette Marie-Nicole Lemieux – une surprise quand on pense que le Tristan et Isolde de l’Orchestre Métropolitain, présenté en clôture du Festival de Lanaudière, figurait dans la même catégorie. Enfin, en musiques traditionnelles et musiques dites « du monde » (serait-il à propos pour le CQM de se pencher sur la possibilité d’une appellation de remplacement à cette étiquette ô combien généraliste ?), ont été honorés : le concert Layon, par Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs (Concert de l’année – musiques traditionnelles ; soulignons que l’album avait été récompensé l’an dernier) ; l’album Écoutez tous, par le duo Babineau/Chartrand (Album de l’année – musiques traditionnelles ; le duo avait présenté une performance au Gala 2025) ; l’album Dust, par l’ensemble Dream Keepers, porté par la chanteuse Ayelet Rose Gottlieb (Album de l’année – musiques du monde) ; et le Medley du cœur, de l’Association de musique andalouse Mezghena de Montréal (prix Montréal – Inclusion et diversité).

Enfin, nous conclurons en soulignant ce qui nous apparaît, en marge de la remise des prix et des performances musicales, comme l’un des moments phares de ce Gala, soit l’allocution du directeur artistique de la Chapelle musicale du Bon-Pasteur, Simon Blanchet, qui a annoncé avec une émotion partagée par l’auditoire l’admission aux soins palliatifs de Guy Soucie, fondateur de la Chapelle – la triste nouvelle du décès de M. Soucie nous est parvenue le lendemain. S’il s’agissait là d’une occasion unique de rendre hommage à l’œuvre de M. Soucie – une contribution majeure à la vitalité culturelle et musicale montréalaise –, l’occasion était par ailleurs tout indiquée pour marteler l’importance de la mise en œuvre des travaux nécessaires à la réouverture de la Chapelle, laquelle semble renvoyée aux calendes grecques par on ne sait quelle malédiction administrative. Si, d’emblée, le Gala des Prix Opus constitue une belle occasion pour le(s) milieu(x) de la musique de concert de se réunir et de célébrer ses(leurs) accomplissements, cette allocution a sans contredit suscité un élan de solidarité que nous espérons voir perdurer et, pourquoi pas, se traduire en actions concrètes de mobilisation.

Photographie : Dominique Viau


Partager: