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À DÉCOUVRIR - Querelle de Roberval au théâtre : nouvelles avenues de création pour Ballet Opéra Pantomime

À DÉCOUVRIR - Querelle de Roberval au théâtre : nouvelles avenues de création pour Ballet Opéra Pantomime

Photographie : Stéphane Bourgeois

À partir de janvier prochain, une nouvelle production théâtrale foulera les planches du Québec, soit l’adaptation du roman Querelle de Roberval de Kev Lambert. Parmi les nombreux partenaires de la production se trouve la compagnie BOP (Ballet Opéra Pantomime), connue pour ses spectacles musicaux ancrés dans la multidisciplinarité. Catherine Harrison-Boisvert s’est entretenue avec le codirecteur Alexis Raynault pour en savoir plus.

L’adaptation théâtrale par le metteur en scène Olivier Arteau du roman Querelle de Roberval, de Kev Lambert, s’annonce ambitieuse : portée par le Théâtre du Trident, à Québec – qui en assurera la création du 14 janvier au 7 février prochains –, il s’agit d’une coproduction réunissant la compagnie BOP, le Théâtre du Double Signe (Sherbrooke), le Théâtre du Tandem (Rouyn-Noranda), le Théâtre de la Rubrique (Jonquière), le Théâtre français du Centre national des arts (Ottawa) et le Festival TransAmériques (Montréal). S’il s’agit d’une œuvre proprement théâtrale, Olivier Arteau a souhaité y explorer en profondeur certains aspects de la conception sonore, qu’il a confiés à la compagnie BOP. Celle-ci est surtout connue pour ses créations musicales et multidisciplinaires : on peut citer à titre d’exemples récents des créations telles que Le Mont Analogue, présentée en 2024 à l’Espace GO (texte de Clara Prévost, musique d’Hubert Tanguay-Labrosse, chorégraphie et mise en scène par Wynn Holmes), ou encore La Nef, une proposition de Cédric Delorme-Bouchard inspirée par la musique d'Olivier Messiaen. Pour Querelle de Roberval, comme l’a souligné Alexis Raynault, deux aspects ont particulièrement intéressé le metteur en scène : le bruitage en direct et l’utilisation de la musique classique, notamment pour évoquer le sacré et le tragique.

Pour explorer ces aspects, l’équipe artistique de BOP, qui réunit Alexis Raynault, Hubert Tanguay-Labrosse et Morgane Lachance, soutenus par le concepteur sonore Nataq Huault et l’organiste Carl Matthieu Neher, a choisi de suivre deux orientations musicales principales : d’une part, la musique concrète (pour le bruitage) et, d’autre part, la pièce Chorals ornés du compositeur québécois Yves Daoust (pour la trame musicale). Créée en 2008 (et récipiendaire du prix Opus de la Création de l’année pour l’année 2008-2009), cette œuvre consiste en une réinterprétation pour orgue et bande de 14 chorals contenus dans les Orgelbüchlein de Jean-Sébastien Bach. Pour Querelle de Roberval, les Chorals de Daoust côtoieront de nouvelles compositions de ce dernier ainsi que d’autres œuvres de Bach. La performance musicale sera assurée par Neher qui, en plus de jouer de l’orgue sur scène, actionnera différentes fonctionnalités sonores à partir de son instrument doté d’un pédalier MIDI et relié à des commandes dans le logiciel QLab. Ce dispositif a été spécialement conçu pour le projet, ce qui a amené BOP plus loin dans son travail de création musicale, selon Alexis Raynault.

Pour orienter son travail de conception sonore, l’équipe de BOP a choisi de suivre le fil conducteur du filmopéra, un concept développé notamment par le compositeur de musique de films Maurice Blackburn (1914-1988) au cours de ses années de travail à l’Office national du film (ONF). À travers ce concept, Blackburn explore la prise en charge unifiée, comme s’il s’agissait d’une seule partition, de l’ensemble des paramètres sonores d’un film : voix des acteurs, bruitage, musique. Notons à cet effet que Blackburn a été le mentor d’Yves Daoust au début de sa carrière, ce qui n’est pas anodin sur le plan de la démarche ayant orienté la conception sonore de la pièce. À travers Querelle de Roberval, l’équipe de BOP cherchera donc à transposer ce concept au théâtre, à travers une mise en valeur particulière de la dimension sonore et musicale, qui est souvent reléguée au deuxième plan dans les mises en scène. Cette mise en valeur passera par exemple par l’ajout d’une réverbération particulière dans la voix de certains personnages, ou encore par la réalisation de bruitages en temps réel par les acteurs et actrices, qui insufflera un caractère dramatique supplémentaire aux sons venant de la scène.

Lorsque nous lui avons demandé ce que ce projet représentait dans la trajectoire artistique de BOP, Alexis Raynault a souligné l’avancée qu’il marque sur le plan des collaborations de la compagnie avec le monde théâtral, qu’elle entretient depuis plusieurs années déjà. En effet, le projet réunit un grand nombre de compagnies théâtrales venant des quatre coins du Québec et au-delà. Par ailleurs, la grande première pour BOP se situe dans le fait de penser un projet pour la tournée, à travers une diffusion étendue – on parle d’une quarantaine de représentations anticipées. Habituée de présenter ses productions en des lieux fixes, l’équipe de BOP doit dès lors élaborer sa conception sonore et les dispositifs qui la soutiennent d’une manière qui soit aisément transportable. En somme, beaucoup de nouveautés se cristallisent dans ce projet à grand déploiement qui, nous l’espérons, ouvrira de nouveaux horizons créatifs pour BOP !

Pour vous procurer des billets pour ce spectacle novateur, c’est ici.



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