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RÉTROSPECTIVE ŒUVRE – Jenůfa, de Leoš Janáček (extrait)

RÉTROSPECTIVE ŒUVRE – Jenůfa, de Leoš Janáček (extrait)

Lara Ciekiewicz (Jenůfa), Jenůfa, Pacific Opera Victoria (coproduit avec l'Opéra de Montréal), 2017

Crédit photo : David Cooper Photography

Leoš Janáček a achevé en 1903 la composition de son opéra Jenůfa. Le livret, qu’il a lui-même écrit, s’inspire de la pièce de théâtre Její pastorkyňa (« La belle-fille ») de l’écrivaine tchèque Gabriela Preissová. La création de l’œuvre a eu lieu l’année suivante, le 21 janvier 1904, au Théâtre National de Brno en Tchéquie. En raison d’un conflit avec le directeur du Théâtre National de Prague, l’ouvrage qui avait pourtant reçu un accueil chaleureux du public n’a été présenté dans la maison d’opéra de la capitale tchèque qu’en 1915, soit près de 10 ans plus tard. Jouissant d’une admirable réputation en Tchéquie par la suite, l’œuvre a gagné en popularité en Europe, entre autres après une représentation à Berlin pour laquelle on avait traduit le livret en allemand.

Comme bon nombre d’opéras qui se concluent par des fins tragiques et présentent souvent des récits très dramatiques, Jenůfa n’échappe pas à la règle et renferme même une histoire des plus déchirantes, contenant une foule de revirements de situations tout aussi tragiques les uns que les autres. L’histoire prend place dans un petit village en Tchéquie, plus précisément au moulin de Buryjovka. Elle met en scène plusieurs membres d’une même famille, à commencer par la jeune Jenůfa, une orpheline élevée par sa belle-mère Kostelnička. Števa et Laca, demi-frères et travailleurs au moulin, sont tous deux amoureux de Jenůfa, leur cousine, elle-même éprise de Števa dont elle porte l’enfant illégitime. Cette prémisse donne lieu à de graves bouleversements familiaux où règnent mensonge, trahison et violence.

 Présence de Jenůfa sur la scène québécoise au cours du XXe siècle

Le titre Jenůfa ne figure pas parmi ceux que l’on entend le plus souvent lorsqu’il est question d’opéra au Québec. Pourtant, l’œuvre y a été produite à quelques reprises au courant du XXe siècle, notamment durant l’important Festival de l’Expo 67. Le public québécois a donc un historique intéressant avec cette œuvre tchèque, qui a d’ailleurs été interprétée en plusieurs langues sur le sol montréalais et dans différents contextes de production.

La première présentation au Canada de Jenůfa a eu lieu sur les ondes radiophoniques de Radio-Canada, le 24 avril 1957, soit près d’un demi-siècle après la création de l’œuvre à Brno. L’opéra a été interprété par la Compagnie d’opéra de Radio-Canada, qui possédait à l’époque son propre orchestre et son propre chœur ; les rôles principaux ont été tenus par des artistes lyriques canadiens, notamment Mary Simmons (Jenůfa), John Druary (Števa) et Richard Cassilly (Laca). Sans doute afin de faciliter la compréhension de l’intrigue pour le plus grand nombre, c’est une version en anglais de l’œuvre qui a été présentée, dont la traduction avait auparavant été effectuée pour le Royal Opera House de Londres. À la suite de cette création canadienne radiophonique, le critique musical Marcel Valois qualifiait dans la presse l’œuvre de « très intéressante », spécifiant que dans cet opéra de Janáček, « [l]’orchestre crée l’atmosphère plutôt qu’il dialogue avec les chanteurs » (La Presse, 27 avril 1957, p. 42). [...]

Pour lire la suite de cet article, procurez-vous le numéro 39 de L'Opéra, en kiosque ou sur le site web de la SODEP.


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