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TÊTE D'AFFICHE – John Brancy

TÊTE D'AFFICHE  – John Brancy

John Brancy s’est illustré à Montréal pour la première fois en 2012, lorsqu’il a participé au Concours musical international de Montréal. Sa première expérience lui a valu le troisième prix ; sa deuxième, en 2018, lui a valu le premier prix dans la catégorie Mélodie. Il a ensuite fait ses débuts à l’Opéra de Montréal en 2022, en incarnant Franz Wolff-Metternich dans La beauté du monde, œuvre qui a rendu célèbre le duo de création d’opéras québécois que forment Michel-Marc Bouchard et Julien Bilodeau. Les allers et retours de Brancy dans la métropole illustrent les importants déplacements qui sont représentatifs de l’emploi du temps actuel du baryton. Bien que toujours en début de carrière, il est arrivé à un point de maturité et de notoriété où les rôles les plus prisés de sa tessiture s’ouvrent à lui. Le lauréat d’un prix Grammy pour son travail dans l’opéra Fantastic Mr. Fox (2020) s’apprête à s’envoler, en octobre, pour le Teatro Di San Carlo de Naples, où il fera ses débuts dans le célèbre Picture a day like this de George Benjamin (2021-2023), dans lequel il a déjà interprété le rôle de l’Artisan/Collecteur à plusieurs reprises. Il réapparaîtra également au Madison Square Garden pour chanter les hymnes nationaux lors de la saison 2025-2026 de la Ligue nationale de Hockey (LNH).

La carrière du baryton est donc actuellement en pleine effervescence. Dans ce quotidien rempli de nouveauté et de création(s), la mise en scène plutôt classique du Don Giovanni de Stephen Lawless pour l’Opéra de Montréal lui apporte un peu de répit, d’autant plus que ce sera son tout premier Don Giovanni ! John Brancy raconte en ricanant qu’il imagine habituellement ce personnage plus vieux qu’il ne l’est, mais qu’il se servira de cette différence d’âge pour lui insuffler une énergie particulière et capitaliser sur son timbre de voix.

Don Giovanni est un personnage complexe à incarner, cela va de soi. Le livret de l’opéra montre que le pouvoir, la duperie et le mensonge de cet homme le mènent à sa déchéance. Pourquoi donc persiste-t-il dans cette voie, malgré toutes les opportunités de se repentir qui se présentent à lui ? C’est Stephen Lawless qui a souligné à John Brancy que Don Giovanni est d’abord et avant tout athée. C’est ainsi son athéisme qui sert de porte d’entrée au chanteur pour saisir sa psyché. Puisqu’il est athée, Don Giovanni ne croit pas à la repentance ; il se laisse guider essentiellement par ses instincts animaux et sa quête de puissance. Cet opéra a en quelque sorte constitué une expérience de pensée pour Mozart et le librettiste Lorenzo Da Ponte, car l’athéisme n’était pas chose courante à leur époque : ils ont imaginé, par le médium de l’opéra, ce qui se passerait si un homme en situation de pouvoir agissait en société sans aucune boussole morale.  Les gestes amoraux de Don Giovanni laissent des traces qui pavent, en fin de compte, sa trajectoire vers l’enfer. Questionné sur la mise en scène de cette fameuse finale, John Brancy a simplement affirmé d’un ton énigmatique que la fin sera tout à fait à propos dans le contexte actuel, forte d’un message que la production cherche à communiquer, et bien entendu très dramatique ! Au fil de sa trajectoire, Don Giovanni se retrouvera de plus en plus dénudé sur scène. Hors du chemin, les masques, costumes et perruques qu’il revêt pour tromper son prochain ne dissimuleront plus sa vraie personne.

Cette analyse sensible des tensions psychologiques dans l’opéra met en bouche le jeu d’acteur que nous offrira John Brancy, aux côtés d’une distribution bien connue de lui comme de nous, formée notamment de Matthew Li, Sophie Naubert et Andrea Núñez. Une production prometteuse de l’Opéra de Montréal, dont il reste toujours des places en vente juste ici.  

Crédit photo : ©️Christina Deo


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