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TÊTE D'AFFICHE - Myriam Leblanc : « Je suis comme un oiseau sauvage »

TÊTE D'AFFICHE - Myriam Leblanc : « Je suis comme un oiseau sauvage »


Myriam Leblanc
Photographie: Brent Calis

La feuille de route de Myriam Leblanc démontre la grande polyvalence de l’artiste. Résidente de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal et récipiendaire de nombreux prix dont le premier prix au Concours de musique ancienne Mathieu Duguay du Festival international de musique baroque de Lamèque en 2017, la soprano est à l’aise autant à l’opéra que dans le répertoire baroque, un volet de sa carrière qu’elle a particulièrement développé dans les derniers mois notamment en enregistrant deux disques. Ses engagements pour la saison 2021-2022 la mèneront un peu partout au Québec, de même qu’à Vancouver et Halifax.

Diplômée de l’Université McGill en chant et détenant de surcroît une maîtrise en direction chorale de l’Université de Sherbrooke, Myriam Leblanc a commencé sa formation musicale au violon. C’est la mezzo-soprano Marie-Annick Béliveau qui a remarqué sa voix lors d’un camp d’été musical auquel Myriam Leblanc participait comme violoniste, et qui lui a donné ses premières leçons de chant ce qui l’a incitée à poursuivre sa formation comme chanteuse. Toutefois, c’est sa rencontre avec Yolande Parent qui confirme définitivement son envie de faire carrière dans ce domaine. Cette dernière a joué un rôle marquant dans le parcours de la soprano, puisqu’elle lui a permis de reconnecter avec sa passion pour la musique après qu’elle ait connu une perte de repères l’ayant mené à se détourner de cet art pendant quelques années.

Cette rencontre décisive avec Yolande Parent l’a mené à auditionner, avec succès, à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, dont elle a ensuite fait partie entre 2015 et 2017. Depuis, on a pu la voir entre autres sur la scène de la compagnie lyrique montréalaise, notamment dans le rôle de Milica dans Svadba d’Ana Sokolović en mars 2018 et en septembre de la même année alors qu’elle prenait le rôle de Gilda dans Rigoletto de Verdi. Cependant, les engagements récents de la soprano l’ont plutôt amené à s’éloigner du bel canto et à rayonner sur la scène baroque.

Questionnée sur ce nouvel intérêt pour la musique baroque, Myriam Leblanc explique qu’elle avait besoin de la liberté que permet le baroque. « Je suis comme un oiseau sauvage et un aspect de l’opéra qui me plait moins, c’est la quantité de versions des œuvres qui existent et qui nous amènent à faire des comparatifs. La dynamique dans la musique baroque est bien différente et je sentais que je pouvais plus facilement présenter ma version d’une œuvre sans qu’elle ne soit comparée, comme c’est souvent le cas à l’opéra, à celles de plusieurs grands noms tels que Maria Callas, Joan Sutherland ou Anna Netrebko qui ont laissé une marque durable ! » L’interprétation de la musique baroque lui a ainsi fait prendre conscience des codes qui accompagnent le bel canto et lui a permis de redécouvrir son amour de la musique. « Je ne fais pas de la musique pour respecter les codes, mais pour faire de la musique » dit-elle – et de la très belle musique pourrait-on ajouter. Le disque Vivaldi : Luce e ombra enregistré avec l’ensemble Mirabilia est un bel exemple de l’art de la chanteuse. La nomination de l’album au gala de l’ADISQ dans la catégorie « Album de l’année – classique / soliste et petit ensemble », aux côtés d’autres disques de grands interprètes du Québec a été pour elle une belle surprise et représente en soi une belle reconnaissance de son travail.

Vivaldi : Luce e ombra, Analekta (An 2 9137), 25 septembre 2020

Cet album consacré à Vivaldi a d’ailleurs été le déclencheur d’une autre collaboration, cette fois avec le pianiste Charles Richard-Hamelin avec qui la soprano se produira sur la scène de la salle Bourgie le 17 novembre prochain dans un programme mettant à l’honneur la musique du compositeur russe Nikolaï Medtner. Myriam Leblanc nous confiait que c’est après avoir écouté le disque Luce e ombra que Charles Richard Hamelin l’a contacté en lui disant qu’il la verrait bien interpréter la suite Vocalises op. 41 no 2 de ce compositeur. Contemporain de Sergueï Rachmaninov, Medtner est resté dans l’ombre de son compatriote, bien que sa musique gagne à être découverte. Le concert présenté par le duo formé de Myriam Leblanc et Charles Richard-Hamelin vise donc à mettre en lumière son œuvre. La suite Vocalises est sans parole : ce sont des vocalises sur des voyelles et la soprano a été séduite par la grande beauté des lignes mélodiques, qu’elle entend servir le plus simplement possible pour permettre aux auditeurs et auditrices d’en apprécier toutes les qualités. « Ce sera un beau moment de méditation avec de la très belle musique. Comme il n’y a pas de parole, on peut fermer les yeux et se laisser porter par la musique », nous a-t-elle confié. Medtner a écrit dans sa préface de l’œuvre qu’elle pourrait être aussi, sinon plus belle si elle était chantée par une bergère. Cela fait dire à Myriam Leblanc que c’est une musique qui ne demande pas nécessairement une voix opératique et qui se dévoile mieux lorsqu’elle est interprétée par une voix capable de faire plusieurs textures différentes. Et c’est justement là un aspect du travail vocal que la soprano a développé en interprétant de la musique baroque.

Ce grand intérêt pour le répertoire baroque a donné lieu à de nombreux projets, comme sa collaboration avec l’ensemble Caprice pour le concert « salsa baroque » présentant des œuvres du XVIIe siècle marquées par le métissage entre les musique traditionnelles d’Amérique du Sud et la polyphonie européenne, un répertoire qu’elle qualifie de très vivant. Cette prestation qui a fait l’objet d’une captation vidéo sera d’ailleurs rediffusée en décembre et sera l’occasion de découvrir quelques pièces de Noël sud-américaines.

La Grazia delle donne, Analekta (AN 2 9159), 15 octobre 2021

L’ensemble La Cigale a aussi sollicité la soprano pour un projet musical qui s’est concrétisé dans l’enregistrement du disque Grazia delle donne paru plus tôt cet automne. Cet album met à l’honneur les œuvres d’Isabella Leonarda, Vittoria Aleotti, Barbara Strozzi, Francesca Caccini, Settimia Caccini et Alessia Aldobrandini, toutes des compositrices ayant étudié auprès de Vivaldi, qui trouve lui aussi une place sur l’enregistrement aux côtés de ses étudiantes, en qui il croyait beaucoup. Comme le fait remarquer Myriam Leblanc, ces femmes ont réussi à mener de belles carrières comme c’est le cas de Barbara Strozzi, qui a été la compositrice la plus publiée de son temps. Elles méritent donc amplement que leur travail soit reconnu et entendu.

Les prochains engagements de Myriam Leblanc sont diversifiés : elle évoque qu’un projet de disque avec l’ensemble Mirabilia est en cours de préparation et que le répertoire sera plutôt romantique, ce qui permettra de montrer d’autres facettes de cet ensemble. En ce qui a trait aux concerts, l’agenda de la soprano fait honneur au répertoire baroque : elle chantera comme soliste dans Le Messie de Haendel dans le cadre de la tournée québécoise du Festival Classica aux côtés de Florence Bourget, Antonio Figueroa et Marc Boucher. Du 21 novembre au 19 décembre, elle se produira à Sorel-Tracy, Saint-Camille, Saint-Lambert, Saint-Constant, Montréal, Québec, Bromont et Boucherville. Le 5 décembre, elle sera à Gatineau pour un concert mettant de l’avant le répertoire enregistré sur le disque La grazia delle donne avec l’ensemble La Cigale. Elle se déplacera ensuite à Vancouver le temps d’un concert prévu pour le 16 décembre avec le Pacific Baroque Orchestra où elle chantera l’oratorio de Noël de Bach avec Suzie LeBlanc, Nicholas Burns, Colin Balzer, Tyler Duncan et Alexander Weimann. En mars 2022, des concerts présentant le répertoire de l’album Vivaldi : Luce e ombra sont prévus dans les Maisons de la culture à Verdun et Rosemont. Le mois d’avril la mènera d’abord à Halifax pour un concert prévu le 10 avril, puis elle sera de passage à Québec alors qu’elle chantera le célèbre Requiem de Mozart avec les Violons du Roy les 21, 22 et 24 avril. Bref, la saison 2021-2022 s’annonce prometteuse pour Myriam Leblanc. Pour ne rien manquer, consultez le calendrier détaillé disponible sur son site personnel, www.myriamleblanc.net.


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