Gala Talent 2025 : Une soirée remplie de surprises
C'est une chance inouïe pour le public montréalais que d’assister à la finale de la sélection des candidats de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal. Les étapes qui précèdent le début de carrière sont souvent invisibles – un jeune chanteur ou une jeune chanteuse paraît sur scène, il ou elle est louée pour son enthousiasme, son énergie et sa candeur, et son visage commence à paraître régulièrement parmi les productions lyriques des scènes québécoise, canadienne et éventuellement internationale. Or, ce moment de triomphe advient à l’issue de nombreuses années d’études acharnées, de récitals offerts après des nuits blanches de travaux de fin de session, de crises d’anxiété, de remises en question et de candidatures à des programmes de perfectionnement tels que celui offert à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal. Le fait d’ouvrir au public cet événement incontournable pour la carrière des jeunes artistes lyriques humanise la profession et le parcours de ces derniers. Il montre aussi que l’erreur fait partie intégrante de tout parcours de développement professionnel et que la musique ne fait pas exception à cet égard.
Pas que les neuf chanteurs et chanteuses qui se sont produits mardi soir ont commis des erreurs monumentales, mais les écarts de justesse, le manque de diction et la gêne globale étaient parfois notables. Pour l’équipe de rédaction de l’Opéra, ces éléments ne constituent pas la preuve qu’il faille fermer ce genre d’examen d’admission au public et aux médias, comme l’ont sous-entendu certains dans la presse généraliste, mais plutôt que les erreurs font partie du processus d’apprentissage. Il faut les faire, comprendre comment les régler, puis passer à autre chose. On ne devient pas une star de la scène en un soir : c’est bien à cela que sert un stage de deux ans dans une grande maison d’opéra !
Cette réaction des médias constituait la première surprise que nous souhaitions aborder dans ce compte rendu du Gala Talent 2025. La deuxième se retrouve en la personne de Nikan Ingabire Kanate, soprano qui a coupé le souffle de l’auditoire avec son interprétation de « Depuis le jour » provenant de l’opéra Louise, de Gustave Charpentier. Sa posture, son sourire et sa voix débordaient de grâce, et son contrôle vocal, ses nuances et ses larges vocalises avaient de quoi capter l’attention des plus sceptiques. Certes, la clarté de la diction est à perfectionner dans les aigus, mais rien qu’un stage à l’Opéra de Montréal ne puisse pas régler. Elle méritait totalement son prix du public Étoile Stingray, celui-ci l’ayant applaudie jusqu’à ce qu’elle disparaisse de la scène.
Cependant, la troisième surprise concerne le choix du jury pour l’attribution du grand prix, décerné par Vanda Treiser au ténor Jeremy Scinocca qui a chanté « Che gelida manina » de La Bohème. Des trois candidatures masculines, c’était certainement lui qui se démarquait le plus par sa grande expressivité, mais sa voix apparaissait inégale et instable d’un registre à l’autre. Nous imaginions plutôt que le prix serait décerné à une autre des candidates féminines, par exemple la mezzo-soprano Daria Tereschonko, qui a interprété « Nobles seigneurs, salut ! », des Huguenots, avec tout l’humour nécessaire, et qui a démontré une grande facilité dans les liaisons vocales. Le prix aurait aussi pu aller à la soprano Emma Gélineau-Cloutier qui, avec « Come Scoglio » de Così fan tutte, a montré la maturité de sa voix claire et enchantante et l’amplitude de son registre. Nous espérons que cette attribution de prix ne réduira pas les chances de ces artistes pleines de potentiel de se tailler une place au sein de l’Atelier lyrique.
Mention spéciale aux deux pianistes de la soirée qui ont été constants et actifs sur scène, ce qui a contribué à un semblant de mise en scène appréciable pour certaines interprétations, et à Jean-Pierre Primiani, nouveau directeur général de l’Opéra de Montréal, qui a su nous faire patienter en remerciant longuement son prédécesseur, Patrick Corrigan, pendant que le jury délibérait.
Nous félicitons à nouveau les deux grands gagnants de la soirée et attendons avec impatience l’annonce de la cohorte 2026 de l’Atelier lyrique, qui compte actuellement neuf chanteurs et chanteuses, deux pianistes et un metteur en scène.
Photographie : Tam Photography

