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ÉDITORIAL- 2018 : Une autre année faste pour l’opéra et les artistes lyriques du Québec

ÉDITORIAL- 2018 : Une autre année faste pour l’opéra et les artistes lyriques du Québec

Yannick Nézet-Séguin et Daniel Turp
Metropolitan Opera de New York
4 décembre 2018
Photographie : Claudine Jacques

L’année 2018 aura été une autre année faste pour l’art lyrique au Québec et pour les artistes lyriques d’ici. Le fait saillant de l’année qui s’achève aura été, sans contredit, les débuts du chef Yannick Nézet-Séguin comme directeur musical de la plus importante compagnie lyrique de la planète, le Metropolitan Opera de New York.  

Anthony Tommasini, critique musical en chef du New York Times, a d’ailleurs attesté du succès de ses débuts, avec la nouvelle production de La Traviata de Verdi, dont la première avait lieu le 4 décembre 2018 :  

Even if it was in traditional style, the Met has opened a new chapter with this “Traviata.” Early this season, Mr. Nézet-Séguin and the Met’s general manager, Peter Gelb, laid out ambitious plans, including commissions, unusual repertory and collaborations with Mr. Nézet-Séguin’s Philadelphia Orchestra. But the company’s music director’s job, of course, also involves leading performances of staples like “La Traviata.” How did he do ? Splendidly. (Anthony Tommasini, « Review : ‘La Traviata’ Opens a New Era at the Met Opera », The New York Times, 5 décembre 2018)  

Et Yannick Nézet-Séguin réserve d’autres beaux moments à la compagnie new-yorkaise, puisqu’il dirigera deux autres productions à l’hiver et au printemps 2019 – et deux œuvres du répertoire lyrique français – Pelléas et Mélisande de Debussy et Dialogues des Carmélites de Poulenc.  

Le Met a aussi accueilli en 2018 d’autres artistes lyriques du Québec, notamment le baryton Étienne Dupuis, qui a fait ses débuts dans La Bohème de Puccini cet automne, et dont on peut se réjouir de sa présence régulière sur la grande scène new-yorkaise pour les prochaines années. Et ce sera bientôt au tour de notre contralto nationale Marie-Nicole Lemieux qui foulera les planches, deux fois plutôt qu’une, puisqu’elle chantera dans Pelléas et Mélisande de Debussy et Falstaff de Verdi. Et nos metteurs en scènes québécois continuent de s’y distinguer, le Parsifal de François Girard ayant été repris l’hiver dernier et le Ring de Robert revenant à l’affiche au printemps 2019.  

Les scènes lyriques parisiennes, qu’il s’agisse de l’Opéra de Paris, de l’Opéra-Comique ou du Théâtre des Champs-Élysées, ont réservé un bel accueil aux artistes d’ici, dont Antoine Bélanger, Julie Boulianne, Hèlène Guilmette, Jean-François Lapointe, Tomislav Lavoie, Michèle Losier, Marie-Ève Munger et Philippe Sly. La grande maison lyrique londonienne qu’est le Royal Opera House Covent Garden a aussi pu faire entendre les voix de Frédéric Antoun et de Pascal Charbonneau. Le chef Jacques Lacombe continue de faire sa marque en Allemagne, tant à Berlin qu’à Bonn, et le metteur en scène Alain Gauthier s’est distingué avec une co-production de La Traviata de Verdi qui continue sa tournée ad mare usque ad mare. Et est aussi digne de mention le troisième prix du prestigieux Concours Operalia de Plácido Domingo attribué à la mezzo-soprano québécoise Rihab Chaieb en septembre dernier à Lisbonne.  

Et parmi les beaux moments lyriques de 2018, notons la production de Svadba d’Ana Sokolović à l’Opéra de Montréal, que la compagnie a sorti de ses murs pour présenter – à guichets fermés – à l’Espace Go. La Flûte enchantée de Mozart dans la mise en scène de Robert Lepage s’est avérée quant à elle l’événement-phare d’un Festival d’opéra de Québec qui a également été le théâtre d’une prestation exceptionnelle du baryton Marc Boucher lors de la version concertante de Pelléas et Mélisande de Debussy. Et mes coups de cœurs, partagés sans doute par d’autres lyricomanes d’ici, auront été le superbe monologue lyrique d’Hélène Guilmette dans La voix humaine de Poulenc, les prestations remarquables du baryton américain John Brancy et de la mezzo-soprano canadienne Emily d’Angelo lors du Concours musical international de Montréal, ainsi que le récital Glass-Haendel du contreténor Anthony Roth Costanzo avec Les Violons du Roy et son nouveau chef Jonathan Cohen. D’ailleurs, l’enregistrement paru chez Decca Gold autour duquel ce récital a été construit est en nomination pour un prix Grammy… qu’il mérite de remporter !  

L’année 2018 aura aussi connu des moments de profonde tristesse avec le départ de la grande mécène lyrique – et amie de notre revue – Jacqueline Desmarais, mais aussi avec le décès de deux grandes interprètes québécoises, Huguette Tourangeau et Gabrielle Lavigne, ainsi que la grande dame du milieu musical québécois que fut Élise Paré-Tousignant.  

Et que nous réserve la dernière année de la présente décennie ? 2019 sera celle de la création de l’opéra L’hypothèse Caïn de Michel Gonneville lors du festival Montréal nouvelles musiques (MNM) de la Société de musique contemporaine du Québec (voir p. 11 ci-après). L’Opéra de Montréal fera à nouveau le pari de l’audace en mettant à l’affiche deux opéras du XXIe siècle, Champion de Terence Blanchard et Twenty-Seven de Ricky Ian Gordon et Royce Vavrek, mais en confiant également la mise en scène d’une nouvelle production de Carmen de Bizet au cinéaste Charles Binamé. S’annonce également comme événement lyrique d’intérêt la présentation par l’Orchestre métropolitain d’une version de concert de l’opéra Le Château de Barbe-Bleue de Bartók avec Michèle Losier et John Relyea, sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. Et le premier Festival Palazzetto Bru Zane Montréal, qui comprend un concert avec Jean-François Lapointe et Les Violons du Roy, est à ne pas manquer. Si l’on attend impatiemment que soit rendue publique la programmation de la neuvième édition du Festival d’opéra de Québec, il n’est de secret pour personne dans le milieu lyrique que sa programmation comportera une nouvelle production du Vaisseau fantôme de Wagner dans une mise en scène de François Girard… qui, à n’en point douter, attirera les foules dans notre capitale nationale !

   

Les abonnés et abonnées que vous êtes – et dont la fidélité est si appréciée – découvrirez dans ce numéro des portraits d’artisans de l’opéra, d’un chef perruquier et d’une photographe lyrique. Vous pourrez aussi lire des critiques des événements de l’automne, y compris celles de deux nouveaux collaborateurs que sont Anthony Beauséjour et Benjamin Goron. La revue compte dorénavant sur le soutien financier de Power Corporation du Canada, qui prend la relève de la grande mécène lyrique, la regrettée Jacqueline Desmarais, et à qui j’exprime, au nom de l’équipe de la revue, la plus entière des gratitudes.  

L’équipe de L’Opéra – Revue québécoise d’art lyrique vous transmet ses vœux pour un Joyeux Noël et une Heureuse année. Pourquoi ne pas formuler pour 2019 la résolution de fréquenter plus que jamais les scènes lyriques, ici au Québec et ailleurs dans le monde, et de soutenir nos compagnies et artistes lyriques. Et pourquoi ne pas offrir à vos proches un abonnement à la revue (www.revuelopera.quebec/revue-abonnement.html) … pour les aider à aimer l’hiver !  

Daniel Turp 


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